Quand est-ce donc ce maintenant ? (14 au 20 septembre 2026)

Carnet de la semaine : lecture, musique, îles, maladie, IA et poésie nourrissent la réflexion sur attention, mémoire, perte et présence.


 

 

lundi 14 septembre 2026

La musique selon John Cage
« Dans chaque personnalité, l’esprit est divisé entre conscient et inconscient, lesquels sont eux-mêmes éparpillés dans de multiples directions. La musique telle que Cage la conçoit a pour fonction d’œuvrer à rapprocher, à réunifier ce qui est séparé, en offrant un moment où, la conscience du temps et de l’espace se perdant, les multiples éléments qui composent un individu s’intègrent un à un. » (Méditer pour les Nuls – Ni technique, ni injonction : la vraie méditation, c’est simple, Fabrice Midal).
→ J’aime vraiment profondément cette personnalité de John Cage et surtout sa liberté de vivre, de penser, de composer. Il faudrait que je lise la grosse biographie Fayard que j’ai achetée il y a quelques années mais pas encore lue. Et j’ai écouté beaucoup de sa musique hier.

Titres, légendes, etc. (Traces, pistes, questions)
○ Le tichodrome échelette, le martin-pêcheur, le guêpier d’Europe, la cigogne blanche, l’avocette élégante et le fou de Bassan pourraient être représentés sur les prochains billets d’euros.
○ Coopération, confiance en soi, curiosité… Ce que PISA nous apprend des compétences sociales et émotionnelles des élèves

Chiote à l’esprit
C’est que l’esprit est une esbroufe et un bluff.
Une espèce de fumée larvaire qui ne vit que de ce qu’elle a soutiré au corps en peine d’un geste à faire
et non d’une idée ou d’une donnée.
Car qu’est-ce que c’est que ça, les idées, les données, les valeurs et la qualité
 ?
Des termes sans vie qui ne prennent matière que quand le corps les a transpirés, en y allant d’une pleine suée pour les décider à le lâcher.
Car le corps n’a jamais besoin qu’on définisse ce qu’il a fait.
C’est un texte d’Antonin Artaud, très en phase avec nombre de mes recherches actuelles sur notre conditionnement et l’externalisation de notre esprit ! Ce livre Chiote à l’esprit m’a été signalé par Christophe Esnault.

Les topos de Grothendieck
Dans mes relevés matinaux, je lis : « La découverte des topos avec Alexandre Grothendieck donne un merveilleux exemple d’un concept nouveau dont l’acquisition par notre pensée permettrait à la civilisation de franchir un pas essentiel dans la subtilité nécessaire à la compréhension des conflits, allant au-delà de la logique binaire du bien et du mal. » in Les Années cachées, Alain Escriva et Alexandre Grothendieck).
J’interroge l’IA française, Mistral.
Cette phrase, qui évoque les travaux du mathématicien Alexandre Grothendieck sur les topos, utilise une métaphore mathématique pour parler de la complexité de la pensée humaine et de la résolution des conflits. Voici une explication détaillée et accessible :
Alexandre Grothendieck, l’un des plus grands mathématiciens du XXe siècle, a introduit la notion de topos dans le cadre de la géométrie algébrique. Un topos est une structure mathématique très abstraite qui généralise la notion d’espace et de faisceau. En termes simples, un topos permet de « coller » ensemble différents types d’espaces ou de structures, offrant un cadre unifié pour étudier des objets mathématiques très variés.
Imaginez que vous avez plusieurs cartes d’une même région, chacune avec des informations différentes (relief, routes, végétation…). Un topos, c’est un peu comme une « méta-carte » qui permet de superposer, comparer et relier toutes ces informations, même si elles semblent incompatibles au premier abord. L’auteur de la phrase suggère que la découverte des topos par Grothendieck est un exemple de concept révolutionnaire qui pourrait inspirer la pensée humaine au-delà des mathématiques.
Dépasser la logique binaire : La plupart des conflits (politiques, sociaux, personnels) sont souvent réduits à une opposition simple : bien/mal, vrai/faux, ami/ennemi. La logique binaire est limitée, car elle ne permet pas de capturer la complexité des situations réelles.
La subtilité des topos : Les topos, en mathématiques, permettent de travailler avec des structures riches et interconnectées, où plusieurs perspectives coexistent. Appliqué à la pensée, cela signifierait pouvoir appréhender les conflits en tenant compte de multiples points de vue, de nuances, de contextes, sans se limiter à des catégories rigides.
L’idée est que, tout comme les topos ont révolutionné les mathématiques en offrant de nouveaux outils pour résoudre des problèmes complexes, une pensée capable d’intégrer la subtilité et la multiplicité des perspectives pourrait aider l’humanité à :
Mieux comprendre les conflits.
Trouver des solutions plus créatives et moins violentes.
Éviter les pièges de la simplification excessive.


mardi 15 septembre 2026

Poesibao
Importante décision hier. Prise avec Isabelle Baladine Howald. Nous allons renoncer à faire la publication en PDF tous les 30 articles environ. C’est un travail de fou extrêmement lourd et ingrat pour moi. Que je ne peux déléguer en aucune façon. Cela me pèse et nous n’avons eu aucun retour de qui que ce soit depuis la création de ce format PDF alors que nous en sommes déjà au 14e numéro.
Je pense que cela va me dégager du temps. J’ai plusieurs idées d’entretiens et de notes de lecture que je n’arrive pas à faire car je suis bouffée par le quotidien technique de Poesibao.

Bruce Willis
Eh bien oui, étonnant non ce nom ici dans le Flotoir ! C’est que j’ai appris que sa femme Emma Willis a publié un gros livre sur la façon dont elle accompagne son mari atteint de DFT, dégénérescence fronto-temporale. Qui affecte un de mes proches, donc je veux mieux connaître la maladie, je veux lire le livre pour pouvoir en parler avec son aidante à lui et qui sait être un peu aidante de cette aidante que j’aime. Dès qu’elle m’a parlé de ce livre, je l’ai téléchargé sur ma liseuse et j’ai commencé à le lire. Titre : Le Voyage inattendu.

Christophe Esnault
… avec qui j’échange souvent des mails courts et vifs, sur un point qui nous chagrine l’un comme l’autre, Christophe donc m’envoie son dernier livre, Si le vin ne te rend pas génial, essaye une autre bouteille. Une suite de poèmes d’une page, des poèmes-bouteilles au fond, avec pour chacun mention précise d’un vin, par exemple : Cru Bourgeois / Château La Gorce / Médoc 2018 / 14% vol. – 16 euros.
Une drôle de lecture pour moi qui n’ai plus bu une goutte depuis plus de cinquante ans (pas par vertu, je le précise ; Esnault a des mots durs pour les buveurs d’eau, dont je vais lui parler !). Par ailleurs, le titre me taquine : le vin ne rend pas génial ; il libère, oui, il permet d’oser écrire, peindre, voire pour certains d’entrer dans la possibilité d’écrire quelque chose… mais il suppose une absence de jugement sur soi qui n’est pas très propice, me semble-t-il, à l’expression du génie. Dans le premier poème, il est question d’une femme « en dédicace » dans une librairie « se disant poète et n’ayant pas lu ses contemporains » et un peu plus loin : « En bleu adorable… d’Hölderlin m’a lavé du poison »
Parmi les points qui nous chagrinent, lui en a l’expérience directe, le très bas niveau de culture, notamment littéraire, voire de la maîtrise de la langue, de nombre d’étudiants en lettres !
Les textes sont sombres,. Je me suis demandé si certains noms de bonnes bouteilles n’étaient pas inventés, mais je ne crois pas. Et je suis bien incapable de déterminer s’il y a un rapport entre le nom du cru et le cuit du texte !
Quelques noms : Troteligotte, Vieille Mule.
Mais tout de même ! Lien texte / bouteille, une réponse : Les Darons – Vieilles vignes de Grenache, ça existe vraiment et cela ferme (ou vide) un très beau texte sur le père de l’auteur. – (p. 36)
« La littérature et la poésie / Toute ma vie / Le reste c’est encore littérature / & poésie » (p. 37, le nom de la cuvée est Vieille Mule)
Autoportraits en bouteilles ?

Effondrement de l’école et dictature de l’Ia
« L’effondrement de l’école conjugué à l’émergence de l’IA conduit tout droit à la dictature des imbéciles », Michel Desmurget dans le Figaro du samedi 12-dimanche 13 septembre 2026. Michel Desmurget, docteur en neurosciences et directeur de recherche à l’Inserm. Auteur d’un livre au titre clair : La fabrique du crétin digital
Tout cela publié sur fond d’une double question, la première liée au très mauvais résultats de la France dans un classement Pisa évaluatif des compétences des élèves, l’autre a des alertes répétées des acteurs même de l’IA sur les risques qu’elle nous fait encourir.
J’extrais un paragraphe : « Des chercheurs de Stanford se sont demandé comment les étudiants, du collège à l’université, comprenaient les informations qu’ils trouvaient dans le monde numérique. Les résultats ont surpris tout le monde, ils étaient ‘sombres’, ‘bleak’ en anglais. Et pour cause : les étudiants éprouvaient de très grandes difficultés à comprendre les informations rencontrées car ils ne détenaient ni le langage ni la culture générale nécessaires. Selon les auteurs de l’étude, cela constitue une vraie « menace pour la démocratie », car cette dernière ne peut persister que si les citoyens maîtrisent les termes du débat. Le risque devient alors celui d’une ‘dictature des imbéciles’, pilotée par la désinformation, le buzz et la propagande. Renoncer à notre intelligence, c’est renoncer à notre humanité. »
Pour nuancer ce point de vue, ce que je lis sur Le Figaro Étudiant : « Faut-il en conclure pour autant que l’IA est absolument nuisible pour l’apprentissage ? Pas nécessairement. [Un] rapport montre aussi que les performances des élèves varient largement en fonction de leur façon de l’utiliser. Les élèves qui s’en servent pour faire des recherches, rédiger, ou résumer un texte à lire sont systématiquement moins bons. Mais ce constat est plus nuancé pour ceux qui cherchent à « s’aider à apprendre ». Pisa montre notamment qu’une partie d’entre eux (ceux qui affirment utiliser l’IA une à deux fois par semaine) ont d’aussi bons résultats, voire des résultats légèrement supérieurs aux non-utilisateurs. Dans l’enseignement supérieur, où les étudiants utilisent régulièrement ces outils, certains parviennent même à des performances exceptionnelles.
→ C’est aussi un peu mon expérience. Selon la façon dont je m’en sers, je sens bien que c’est plus ou moins fécond. Si je veux m’éviter une longue recherche, de devoir faire moi-même une synthèse, ce n’est pas une bonne chose (mais mon petit ciboulot est largement formé à l’âge que j’ai) – en revanche, j’en tire de très grands profits pour m’aider à comprendre, à réfléchir. Exemple concret : j’ouvre un livre, je ne comprends pas ou je n’arrive pas à y entrer. J’interroge une ou deux IA. La réponse est souvent éclairante, elle m’ouvre en quelque sorte la porte du livre. Si je copie/colle la réponse et m’estime quitte : nul. Si je referme la recherche, après l’avoir mémorisée en partie, et que j’ouvre le livre : c’est extrêmement aidant. Cela sauvera potentiellement ma lecture du livre, ce qui n’est pas rien, surtout dans le contexte de mon travail pour Poesibao.

Une tache aveugle
Je relis pour Poesibao une très belle contribution que Patrick Werly vient de nous adresser, répondant à une des questions de l’enquête sur « les livres qui… ». Une seule réponse, mais quelle !
Je relève notamment ce passage, où il évoque des rencontres avec des amis, en dehors de l’école : « Ces amis et ces livres m’ont donné à connaître une autre dimension de la lecture que celle que je connaissais par l’école. J’aimais l’école et ses enseignements, j’étais heureux d’y découvrir chaque jour ou presque de nouvelles dimensions dans les plis et les replis du monde et de m’exercer à des choses auxquelles je ne serais jamais arrivé seul (j’éprouvais par exemple un plaisir réel et quasi musical à résoudre des équations). Mais avec Jumping Jack Flash, Breton, Jouffroy, puis Bataille, Freud, Nietzsche et d’autres, lus de façon sauvage dans la foulée, j’ai découvert que l’école ne permettait pas de connaître l’ensemble de ce qui était et qu’elle n’était pas conçue pour rendre conscient de cette tache aveugle. Or, j’étais devenu impatient d’en savoir plus. »
→ c’est extrêmement parlant pour moi cette histoire de tache aveugle. En raison de mon histoire familiale, souvent évoquée, avec cette DMLA dont ma mère, très grande lectrice, fut atteinte à 67 ans – mais aussi en raison de ma propre expérience : peu de « grandes » lectures importantes pour moi me sont venues par l’école (parfois par les manuels de français, mais curieusement pour des auteurs soigneusement occultés par les professeurs, comme Lautréamont). C’est très seule que je me suis formée, par le bouche à oreilles, par les rubriques livres des journaux (Le Monde beaucoup, lu quotidiennement depuis que j’ai 18 ans) … L’école avait un peu donné le cadre, mais surtout pour les périodes allant jusqu’à l’aube du XXᵉ siècle. Et je lui dois aussi une forte formation de l’esprit.
Patrick Werly encore : « c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles je cherche aujourd’hui encore dans les livres, les films mais aussi les paysages et les rencontres, un tremblement à l’horizon qui indique qu’ils peuvent ouvrir à quelque chose que je ne soupçonne pas encore, que je ne maîtrise pas et que je me garde bien de vouloir maîtriser. C’est l’héritage le plus précieux que je dois à ces livres : l’éveil de cet espoir, sans lequel on peut manquer beaucoup de rencontres et risquer de passer à côté de paroles où perce pourtant le témoignage de ce qui rend la vie possible. »
→ j’aime bien cette idée de tremblement à l’horizon ; pour moi c’est petite cloche à qui il arrive de sonner plusieurs fois de suite, avant que je me décide à en tenir compte !

Dialogue avec Isabelle-Baladine
Elle m’écrit ce matin, avant de se rendre à un cours à la fac : « J’ai ressorti tous mes livres sur le premier romantisme allemand, j’ai des merveilles devenues bien rares. Si tu veux, c’était la première fois que philosophie et poésie pouvaient se rejoindre, de manière égale et indispensable. Pour moi c’est très important. Je suis certainement poète avant tout mais la philosophie me donne encore aujourd’hui une assise au niveau de la pensée, qui m’est très précieuse. La philosophie à l’époque considérait la poésie comme supérieure à elle mais lui donnait la possibilité de se penser et de se diffuser avec les autres arts, en les traversant, en les faisant « se toucher » comme dit Schlegel. Je suis passionnée par cette période, qui était également celle d’une grande liberté pour les femmes, du moins dans ce groupe de Iéna. »


mercredi 16 septembre 2026

Bibliothérapeute
Pense l’être parfois un peu, via tout mon travail en faveur des livres et de la lecture. L’avoir été aussi quand je faisais la lecture à ma mère, malvoyante. J’aime cette très belle remarque de Régine Detambel : « Pour être pleinement bibliothérapeute, il suffira de regarder la vieillesse ou le handicap comme une source de poésie et de créativité, d’inventivité, et non comme un obstacle ; d’observer ce qui est donné affectivement à travers les livres, comment les lecteurs très âgés s’intéressent à la voix, au livre, plutôt que d’en rester à la perte, aux formes de vie intellectuelles et sociales qu’ils ne pourront plus jamais pratiquer. » (in Les livres prennent soin de nous).
Je lis aussi L’Art de lire de Michèle Petit. Elle parle de l’affluence dans les librairies à New York après les attentats en 2001 mais aussi ici, après ceux de 2015. « Que cherchent-ils ? À construire du sens, à trouver des repères, des clairières d’intelligibilité, à transformer les chagrins en idées, pour parler comme Proust, et quelquefois en beauté. » (p. 10)
→ je trouve très juste cette liste et elle correspond très étroitement à mon expérience, pas seulement après des épreuves, mais tout au long de ma vie consciente.
Cela dit, il ne faut pas instrumentaliser la lecture, Michèle Petit a bien raison quand elle écrit :
« C’est le destin de tout écrit de faire l’objet de détournements, mais je trouve préoccupant que la lecture soit de plus en plus instrumentalisée pour ses effets thérapeutiques après qu’elle l’eut été pour ses bénéfices scolaires réels ou supposés ou son apport éventuel à l’intégration sociale. » (p.10)

Démonter une bibliothèque
Je suis aussi très touchée par ce récit : « Dans les jours où j’écris cette préface, il me faut trier les ouvrages composant la bibliothèque de ma mère qui a quitté ce monde récemment. Je découvre que démonter la bibliothèque d’un disparu est un geste sacrilège, bien plus que disperser ses habits ou les objets qui l’entouraient. La bibliothèque de quelqu’un, fut-elle constituée de dix volumes ou de cinq mille, e sont ses rêves. En touchant ses livres, j’avance avec impudeur dans ses territoires les plus intimes. Et en détruisant leur ordonnancement, je démantèle un univers composé comme un bouquet de fleurs. J’y sabre à coups d’une atroce rationalité économique. (ceux qui peuvent se donner, ceux-là peut-être se vendent, ces ouvrages techniques ou pratiques se jeter.) »
Je me souviens que nous eûmes à faire cela après la disparition de ma mère pour toutes les nombreuses bibliothèques présentes dans l’appartement de nos parents. J’avais instauré un système avec un groupe WhatsApp avec tous leurs enfants et petits-enfants. Je publiais périodiquement sur le groupe deux ou trois étagères, titres bien lisibles,et demandais à chacun de dire les livres qu’il aimerait éventuellement avoir. Nombre des livres de mes parents (qui avaient des goûts de lecture très différents !) ont ainsi pu trouver asile chez leurs cinq enfants ou chez leur 14 petits-enfants. Et c’était pour moi éclairant de voir qui prenait quoi, surtout pour les petits-enfants que je connais bien, mais tout de même moins que mes frères et sœurs !

Quelle tristesse
Quand je constate qu’en dictée vocale, Word remplace un livre par 1 £., la monnaie anglaise.

De la dive bouteille !
« Chaîne de montage du poème
Encore un après celui d’hier
Et lu un livre sur Rabelais en fin d’après-midi
Mais je préfère voler le vin infect de Villon
Le revendre quatre écus
Et miser sur le rouge
Au casino JOA du Lac de Der
Puis m’offrir un verre d’hypocras loin de ma chance
(…) Saluons les excessifs en art et en littérature
Celui qui connaît le trop
Ces rêves étranges et ces réveils brusques
Ces états de panique et parades de rampants
Connaît la vérité

Domaine Preignes le Vieux
Pays d’Oc
Chardonnay 2022
Tradition
13,5 % vol. 
»
→ en plus de traces de ses expériences de vie qui me parlent et me touchent, j’ai trouvé dans ce livre de Christophe Esnault tout un monde de mots et de vocabulaire que j’ignorais. On me surprendra peut-être désormais à rire dans les foires aux vins des hypermarchés, tant certaines appellations sont drôles (et certaines tout à fait poétiques aussi). Découvert aussi des noms de lieux superbes, je les aime tant : (Bonjour Ludovic Janvier). Un peu de géographie aussi. Que j’aime me promener (autour de ma chambre !) en lisant !
Dans le livre de Christophe Esnault, aucune fermeture autocentrée, il parle de son père et c’est très émouvant, il parle de Navalny. « Je demande au vin de me transporter / Dans l’âme et le corps / D’une oie sauvage cendrée / Mais il me le refuse ? » (p. 44)

Les « contraintes » du livre de Christophe Esnault
« Je viens au monde lorsque ma mère a 42 ans
& est déjà absolument épuisée
J’ai tenté d’utiliser ce nombre, 42, pour quarante-deux bouteilles
Parce que ma mère s’est interposée avec tout son corps en souffrance
Entre les bouteilles de vin et mon père
Mon père, lui, avait 39 ans quand je suis né
Dois-je en son honneur ajouter 39 aux 42
Pour boire quatre-vingt-une bouteilles, écrire quatre-vingt-un poèmes ? »

Antonella Anedda
Et précisément, puisqu’il est question de géographie et de lieux, superbe promenade hier soir en Sardaigne avec Antonelle Anedda, traduite par Marielle Macé que vient de publier Nous. En Sardaigne, il n’y a que des îles.
Le premier chapitre s’intitule « Approche » et il relate notamment de merveilleuses et récurrentes traversées en ferry. Ici je suis touchée par le côté bateau (les bateaux, les avions, les trains me fascinent, mais pas les voitures). Je n’ai aucune expérience de traversées en ferry ou presque. Ni vers la Corse, ni vers la Sardaigne, ni vers l’Angleterre. En Allemagne parfois, au Canada aussi mais plus pour traverser un fleuve qu’une mer !
« Première leçon des îles : tu ne peux pas t’en aller à pied. Eau, air, vent, vagues, cordes, gréements, bollards. » (p. 29)
C’est qu’« apprendre le paysage d’une île, c’est sentir se briser toute habitude. L’horizon est redéfini en permanence, à chaque fois le corps doit se moduler sur un temps et un espace sans certitude ».


jeudi 17 septembre 2026

En Sardaigne
Je poursuis ma lecture éblouie de ce très beau livre d’Antonella Anedda, je continue mon voyage, dans le nord de la Sardaigne, dans l’archipel de La Maddalena, non loin de l’extrémité sud de la Corse. « Sur la carte, la Maddalena a la forme d’une flamme pétrifiée, de langues de feu qui s’étirent et s’élèvent ». (p. 47). La Maddalena c’est donc cette partie quelque peu atypique de la Sardaigne où Anedda a des origines familiales et même une maison. Elle se livre à une vraie description, presque comme un guide, qu’elle évoque d’ailleurs (Lonely Planet). Mais le guide est factuel et sa description figée à un instant T, alors que celles d’Anedda décrivent bien le côté en perpétuelle mutation de tous les paysages, notamment du fait de la lumière. Elle dit d’ailleurs faire des photographies et cela me renvoie à mon expérience bretonne d’un lieu toujours le même, factuellement, mais jamais le même du fait des couleurs, de la lumière, des marées, etc.
Elle habite les lieux littéralement et elle sait qu’ils sont habités par ce qui les a traversés : « je pense toujours que le souvenir de la douleur influence les lieux ».

Sa pratique de photographe
« Je prends des photos pour avoir des preuves. Depuis toujours, j’observe le monde en doutant de son existence. Les photos sont des traces qui n’en finissent pas de m’ébahir » (p. 57)
« Un de mes passe-temps sur l’île est de photographier les murs des forts abandonnés, des maisons. Le temps, la pluie, le sel, le vent ont dessiné des formes surprenantes, qui changent avec la lumière et agissent comme des révélateurs de nos émotions. Les plus intéressants sont peut-être les murs d’une poudrière qui se trouve à Punta Rossa, la pointe de l’extrême sud de Caprera, « rouge » par la teinte de ses rochers et par son exposition. L’effet est celui d’une Altamira à ciel ouvert, improvisée par celle ou celui qui regarde. Le soleil, l’ombre, l’imagination font naître des chevaux et des bœufs, des nuages, même des profils humains. C’est aussi ce qui arrive, d’ailleurs, à qui observe les nuages, et peut inventer des clairières, des lacs, des mers renversées et des museaux d’animaux. Il suffit que l’heure change et les époques changent elles aussi. Au calme des primitifs se superposent des toiles pétrifiées de Burri, des tableaux d’Anselm Kiefer, comme la Cautérisation du district rural de Buchen. Les murs décrépits, cautérisés justement, cachent des formes animales, des corps démembrés, des éclairs soudains de magnésium, un enfer informe, et il suffit de regarder ça un jour de désespoir, écorchée par le sirocco, pour comprendre tout le siècle passé. Ce sont des œuvres entièrement composées d’éclats, de fer et de plomb, de feux et de détritus. » (p. 58)
→ Là encore, je reconnais tellement mon expérience de photographe. Je vois partout des visages, des formes, des scènes sur les rochers, dans le sable, parfois même sur le bitume parisien. Il m’arrive d’avoir l’impression d’un dialogue entre une de ces « apparitions » et moi-même. Ce fut aussi la démarche photographique de mon père qui m’a tant inspirée. La recherche dans l’environnement de taches de couleur qui évoquaient pour lui la peinture abstraite contemporaine et notamment celle de notre ami peintre, apparenté au groupe Cobra, Pierre Wemaëre.

La nage
Magnifiques pages sur la nage, dans la mer. « Là, dans la solitude, il n’y a pas de barrière entre notre peau et l’eau. Cela suffit à augmenter le désir de fatigue et le prix du sommeil après la nage. » (p. 59)
→ extraordinaire ce désir de fatigue, état dont on a plutôt tendance à se plaindre, mais qui, il est vrai, autorise un retrait que l’on peut désirer, aimer. État de fatigue qui ouvre aussi des portes perceptives que l’on tient parfois soigneusement fermées en temps normal. Sans doute une dimension qu’un Michaux aura explorée, il faudrait rechercher dans son œuvre plus précisément. Un petit tour par Le Chat : « La fatigue, chez Michaux, n’est pas seulement un état passif, mais une sorte de retrait du monde, une habitude, voire une source d’inspiration poétique. Jean-Pierre Martin a d’ailleurs souligné : ‘Les nés-fatigués me comprendront’ est une phrase clé pour comprendre comment Michaux transforme la fatigue en ressource créative »

Un temps d’attention
« A un moment donné, pendant un été particulièrement autistique, j’ai arrêté d’acheter le journal, je n’ai plus écouté la radio, plus regardé la télévision. Mais je m’en souviens comme d’un temps d’attention » (A. Anedda, p. 59)
Autre possibilité d’écart, l’aube : « Depuis quelque temps j’ai commencé à me réveiller tôt. Pas par insomnie, mais par exigence de lumière, de solitude et de silence. » (p. 60)
Alors même que ce matin je relevais ce passage dans le livre de Fabrice Midal, dans une grande et passionnante section consacrée à John Cage, John Cage qui donne une conférence et dit à ses auditeurs : « Je n’ai rien à dire, et je le dis, et c’est là la poésie comme il m’en faut. Cet espace de temps est organisé, nous n’avons pas à craindre ces silences. Nous pouvons les aimer. Ceci est un exposé, composé, car je le fais exactement comme je fais un morceau de musique. »

Les cartes
Un autre thème qui m’importe, celui des cartes géographiques. « Les cartes sont des radiographies des îles. (…) Les cartes sont silencieuses, et pour moi l’un des poèmes les plus beaux du XXᵉ siècle est « The Map », (« La carte ») d’Elizabeth Bishop. Il commence comme une description, et s’achève sur l’une des pensées les plus tranquillement subversives de sa poésie, qui est toujours tranquillement subversive : ‘Topography displays no favorites : North’s near as West. / More delicate than historian’ are the map-makers’s colors’. Oui, les couleurs des cartographes sont plus délicates que celles des historiens, la topographie ne prend pas de parti. » (p. 61)
→ Cela dit, j’ai noté cette semaine que l’ONU adoptait un nouveau modèle de carte du monde, qui leur semble plus juste : L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies a annoncé l’adoption d’une résolution visant à changer la représentation cartographique mondiale de Mercator en usage depuis plusieurs siècles. La carte du monde qui devrait progressivement remplacer la précédente se veut plus conforme à la superficie réelle des continents. Largement utilisée à travers le monde, la représentation cartographique du monde dite « Mercator » en date de 1569, en référence à Gerardus Mercator, géographe né en Flandres en 1512, était conçue pour la navigation maritime mais agrandissait artificiellement les territoires situés aux hautes latitudes.
Cette projection minimisait la taille de l’Afrique, de l’Amérique latine et de l’Asie du Sud-Est et perpétuait une « vision déséquilibrée de la géographie mondiale« .
Et l’on connaît aussi quelqu’un qui adore changer les noms sur les cartes ! Je ne suis pas sûre que cette nouvelle carte adoptée par l’ONU l’enchante.
→ Le livre d’Anedda est aussi fourmillant de références vivantes à la littérature, à la peinture, à la musique.
→ J’ai d’ailleurs cherché et imprimé en ligne une carte de la Sardaigne, que j’ai glissé dans le livre !

D’autres états
Il semble y avoir l’état de fatigue, désiré, mais aussi d’autres états vécus en conscience par Antonella Anedda : « Je me souviens de tout, comme dit Zeno dans le roman d’Italo Svevo, mais je ne comprends rien. Entre moi et le soi-disant réel il y a une vitre. Je vois mais je ne sens pas et j’ai du mal à établir des liens. Je peine avec la syntaxe que pourtant j’admire. Les mots me frappent un à un, séparés, comme des objets autonomes sur la construction desquels je m’acharne depuis toujours. » (p. 64)
→ C’est sans doute une des clés de son écriture. Elle donne ensuite une explication quasi analytique à ces impressions, sous la forme du « complexe de la mère morte ».  Mère qui n’est pas « exactement morte mais distante et souffrante ».

Ecrire pour connaître
« On croit connaître un lieu uniquement parce qu’on l’a parcouru et vu pendant des années. Ecrire nous montre que c’est une illusion. Cette sédimentation de regards nous a laissé les yeux embués (…) Il y a tant d’images au-dedans de nous que nous ne savons pas nommer. Nous sommes désorientés par des phrases incomplètes » (p. 64) – là encore, je ressens comme une proximité avec Michaux.

La notion de perte ambigüe
J’ai pensé à cette notion en lisant ce qu’écrit Anedda, sans insister (ce qui fait qu’on ne sait pas si cela la concerne, ell), sur ce « complexe de la mère morte », qui n’est pas exactement morte mais distante et souffrante. Emma Willis, dans son livre sur sa vie auprès de Bruce Willis atteint de DFT, utilise ce concept pour décrire une sorte de deuil nécessaire : faire le deuil de qui était cet homme qu’elle aime et qu’il ne sera plus jamais, alors même qu’il est encore vivant. Notion que ses proches ont du mal à comprendre, faute d’en vivre l’expérience dans leur chair : « Certaines personnes sont parfois critiques à l’égard de cette idée de perte ambiguë. On nous rétorque souvent : ‘Mais la personne est là, devant toi. Comment et pour quelle raison devrais-tu faire le deuil d’une personne qui est toujours vivante ?’ Ces gens ne pensent qu’au deuil après la mort. Nous parlons ici d’une situation où la personne s’efface progressivement. Vous faites face à une perte qui n’est pas définitive, qui n’a pas de caractère irrévocable. Seulement, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, vous remarquez que vous avez encore perdu quelque chose. Par exemple, vous ne pouvez plus faire de voyage, puis au fil du temps, la personne ne sait peut-être plus qui vous êtes, ou un peu plus tard, elle n’est plus capable de déglutir. Durant toute cette période, il est extrêmement difficile de trouver de l’espoir et du sens. Ce que j’essaie de faire, c’est donner un nom à cette perte singulière, pour que les gens sachent qu’ils ne sont pas fous, car vivre avec une personne qui est toujours là physiquement, mais qui est psychologiquement absente est une expérience très déroutante. Le deuil qui en découle est un deuil figé. Ce n’est pas celui que l’on ressent dans une chambre funéraire, avec un certificat de décès en main et un corps à enterrer. C’est un deuil déstabilisant, car la personne n’est pas morte. Et vous avez pourtant tant de choses à pleurer : celles que vous avez partagées ensemble, les moments de bonheur, le soutien que vous vous êtes apporté. Tout cela n’est plus. » (Emma Willis, le Voyage inattendu, p. 226)

Retour à la mère morte
Recherche avec Claude : « Le « complexe de la mère morte » est un concept précis d’André Green (psychanalyste), qui désigne non pas une mère absente ou décédée, mais une mère présente physiquement devenue émotionnellement inaccessible – le plus souvent à cause d’une dépression – laissant l’enfant face à un vide affectif qu’il doit combler seul. C’est cette figure-là qu’Anedda évoque en passant dans son livre sur la Sardaigne. »
Sur la question biographique : Anedda a évoqué à plusieurs reprises, dans des entretiens, une enfance marquée par la maladie de sa mère. Dans l’un d’eux, pour la revue Primi Piani, elle raconte que sa mère a vécu longtemps dans un sanatorium, à une époque où la tuberculose n’était pas seulement une maladie mortelle mais aussi une condition d’isolement, presque de réprobation sociale, quelque chose dont on avait honte – et que cela l’a profondément marquée. Dans un autre entretien (Rai Radio1, repris par Luigia Sorrentino), elle explique que sa solitude, contrairement à ce qu’on pourrait attendre de ses origines insulaires, est née plus prosaïquement d’une enfance triste passée près d’une mère malade. » – en fait, il semblerait qu’Anedda a surtout souffert de distance physique plus que psychique avec sa mère. Ce qui ne relèverait pas tout à fait
du concept de Green, mais y serait apparenté.

Le titre
Je m’interroge sur le titre du livre en italien, Isolatria. Ce serait un néologisme forgé par Anedda entre isola, l’île et idolatria, l’idolâtrie.

À propos du deuil figé
Emma Willis dans son livre reprend ces mots d’entretien avec une médecin, le Dr Pauline Boss, à propos du « deuil figé » : « Je recommande notamment d’adopter le mode de pensée ‘à la fois/et’ Ce n’est pas facile dans nos sociétés occidentales, plus habituées à la pensée linéaire et à la certitude. Cette dialectique correspond davantage à un mode de pensée oriental, qui consiste à appréhender chaque situation sous différentes perspectives. Vous vous dites par exemple : ‘Bruce est à la fois présent et il est aussi parti.’ C’est aussi fidèle que possible à la réalité, car vous pouvez faire un deuil partiel – le deuil de ce que vous avez déjà perdu – et vous réjouir partiellement – il est toujours là et vous pouvez le toucher. » (p. 226)

Pierre Pachet et Denis Ferdinande
Je fais un rapprochement immédiat entre cette remarque de Pierre Pachet, dans Un écrivain aux aguets et ce que je perçois de la manière d’écrire de Denis Ferdinande : « Fortuites, liées à la chance, les idées sont, comme les occasions, données par les jours dans leur succession discontinue, par la chance que donne chaque jour nouveau de voir autrement, de vivre autrement (y compris quand c’est la même chose qui est à vivre). Par les jours, et souvent par les nuits, quasi détachées du temps de la vie (la nuit, la vie n’est jamais ‘quotidienne’). Toutes les idées sont tendanciellement des ‘idées de la nuit’ (j’avais donné ce titre, dans le Nouveau Commerce, cahier 17, automne 1970, à des pages qui voulaient ne faire que capter ces idées) »

Paréidolie sonore ?
Trois livres, au courrier, envoyé par les éditions MF que je remercie. J’ouvre le paquet, prends les livres pour les poser dans la corbeille des reçus et j’entrouvre l’un d’eux, un peu par hasard : Rodolphe Alexis & Olivier Houix (dir.), Médium, Milieux, Écoutes, Récits et je tombe sur cette expression paréidolie sonore. Inutile de dire que ça me retient et m’intrigue. Livre sera bientôt ouvert ! A suivre

Mes livres
Je  nage dans les livres magnifiques.


vendredi 18 septembre 2026

Rachel Blau du Plessis
Tristesse à l’idée de sa disparition toute récente. J’ai demandé à Auxeméry s’il pouvait écrire un hommage pour Poesibao et il m’a composé un magnifique ensemble que je suis en train de préparer. J’ai envie de serrer ici le début de son article, très éclairant pour moi, non seulement sur la poète américaine mais aussi sur la poésie en général :
« Les travaux et les jours : ‘Ces deux mots avaient tout pour m’attirer – l’un marquant le combat contre le temps, et l’autre le fait que le temps est ce qui advient et à quoi il nous faut nous affronter.’
Rachel Blau DuPlessis a en effet repris, en 2017, le titre d’Hésiode, et elle poursuivait : ‘Son poème offre un combiné de cosmologie, de mythes, de problèmes quotidiens, de beautés naturelles et artistiques, de guerre, de rêves, d’horribles réalités sociales qui pourrissent autour de nous et qu’il faut avoir à l’esprit – situations précaires, injustices, avec tous ces papiers dans les journaux qui nous disent que “c’est” en train d’arriver, que ce soit “ceci” ou “cela”. Ce que j’aime chez Hésiode, c’est ce condensé d’almanach, de récits de mythes, de conseils pratiques, et de discussion entre le bon combat (le travail à faire) et le combat qui pose problème (la guerre)’.
Toute son entreprise poétique pourrait trouver là sa justification : ‘Mon œuvre a des implications sociopolitiques en poésie comme en théorie poétique parce qu’il se trouve que nous vivons dans ce monde-ci.’
Ceci dès les commencements. RBD avait intitulé sa thèse (début années 60) Le poème sans fin, et son travail prenait appui sur les deux piliers de la poétique américaine moderne, le Paterson de William Carlos Williams et les Cantos d’Ezra Pound – soit deux tentatives de parcourir, d’arpenter tout le champ de la réalité humaine dans l’espace comme dans le temps : pour l’un, la cité, en tant que lieu de réalisation d’une communauté représentée par un individu assimilé au lieu même, et pour l’autre, l’histoire et ses tribulations, en tant que superposition de temporalités dans le vécu d’un être, celui qui a pris la parole, ouvert à tout ce qui peut faire sens dans le présent. »
J’ajoute cette citation donnée par Auxeméry : « J’éprouve le sentiment, un peu à contrecœur, que même si sa langue est minimaliste, assez idiomatique, bavarde, réaliste (et ainsi de suite), le fait de se mettre à la poésie revient à écrire une autre langue dans sa propre langue. Je ne veux pas que le travail qui en émerge semble trop affecté, et certainement pas conventionnel, ou seulement décoratif ou négligeable (inutile). La poésie est la trace de ce langage sous le langage. On est à sa recherche dans chaque poème – d’une certaine manière, c’est l’épreuve de tout poème… Je fais le poème en me débattant avec la langue. Donc ce genre de métaphore de traduction n’a jamais fonctionné pour mon travail — cette pratique-ci consistant à “avoir une idée” pour ensuite la “mettre en mots” ou “mettre en images”. Cette perspective me fait flipper. »

Quand est-ce donc, ce maintenant
Quand est-ce donc, ce maintenant
de maintenant ?
Quel ruban tournant
de temps, de lumière, de mots ?

C’est donc un « Maintenant »
            vide-plein,
                        un site très particulier
parce que tout le monde et n’importe qui
            vit là en suspens,
                        posé là, pour ainsi dire, oui là.


samedi 19 septembre 2026

Musique & vibrations
« (…)  comment j’écoute de la musique – je pose légèrement la main sur l’électrophone et la main vibre en répandant des ondes à travers tout mon corps : ainsi j’entends l’électricité de la vibration, substrat ultime dans le domaine de la réalité, et le monde tremble dans mes mains. dans Água Viva de Clarice Lispector


dimanche 20 septembre 2026

De la lecture
« La lecture révèle des choses impudiques, précieuses et fragiles, on n’est pas obligé de tout en dire », dixit Charles Dantzig dans Pourquoi lire, c’est profondément juste. Il y a donc une face




Noms propres cités, classés par ordre alphabétique de nom
Rodolphe Alexis, Antonella Anedda, Anselm Kiefer, Antonin Artaud, Auxeméry, Isabelle Baladine Howald, Elizabeth Bishop, Pauline Boss, André Breton, Bruce Willis, John Cage, Charles Dantzig, Michel Desmurget, Régine Detambel, Alain Escriva, Christophe Esnault, Denis Ferdinande, Sigmund Freud, André Green, Alexandre Grothendieck, Hésiode, Friedrich Hölderlin, Olivier Houix, Emma Heming Willis, Ludovic Janvier, Marcel Jouffroy, Clarice Lispector, Marielle Macé, Pierre Pachet, Michèle Petit, Ezra Pound, Marcel Proust, François Rabelais, Gerhard Richter, Rachel Blau DuPlessis, Friedrich Schlegel, Luigia Sorrentino, Italo Svevo, François Villon, Patrick Werly, Pierre Wemaëre, William Carlos Williams.

Livres cités, classés par ordre alphabétique de nom d’auteur

Antonella Anedda, En Sardaigne, il n’y a que des îles
Antonin Artaud, Chiotte à l’esprit
Rachel Blau DuPlessis, Les travaux et les jours
Michel Desmurget, La fabrique du crétin digital
Christophe Esnault, Si le vin ne te rend pas génial, essaye une autre bouteille
Alain Escriva et Alexandre Grothendieck, Les Années cachées
Clarice Lispector, Água Viva
Fabrice Midal, Méditer pour les Nuls – Ni technique, ni injonction : la vraie méditation, c’est simple
Pierre Pachet, Un écrivain aux aguets
Michèle Petit, L’Art de lire
Emma Heming Willis, Le Voyage inattendu