Le Flotoir du 24 mai au 12 juillet 2025 avec notamment Tim Ingold, Caspar Henderson, Gregory Chatonsky, Lichtenberg, Martina Niernhaussen

photo ®florence trocmé
samedi 24 mai 2025
Mort du photographe Sebastião Salgado
Libération, ce samedi 24 mai 2025, extraits d’un article de Gilles Renault.
« Géant du noir et blanc, le Brésilien globe-trotter aura documenté sans relâche la condition des déclassés et des exilés, donnant des visages aux damnés d’une Terre ravagée par l’homme. Avant de célébrer, avec « Genesis », la beauté de la nature. Il est mort vendredi 23 mai à 81 ans.
Et la chronique d’Alexandra Schwartzbrod : « Et soudain il manque déjà à l’heure où la planète se déchire. Car autant son regard sur l’homme était tragique et sombre (« On est un animal très féroce, nous les humains », disait-il), autant sa perception de la nature était vibrante de vie et de lumière. Pour lui, les plantes et les arbres étaient des êtres vivants capables, si on les accompagnait sans faillir, de se régénérer et de faire la nique aux bulldozers et autres tronçonneuses destinées à transformer une terre sauvage en terres exploitables par l’homme. Son projet Instituto Terra visant à redonner vie à sa région native du Minas Gerais, au sud-est du Brésil, est un modèle du genre. De terres brûlées et bouffées par l’érosion, il est parvenu à faire un petit paradis verdoyant en replantant, année après année, plus de 2,7 millions d’arbres. »
Entrée d’un terrier
« Une maison n’est jamais qu’une sorte de vestibule à l’entrée d’un terrier. »
Thoreau, Walden.
Chemins, encore ?
« De ma mère j’ai hérité un penchant pour les récits qui combinent faits et légendes, et de mon père le pathos et l’ironie. Le fait que mon père ait été l’auteur d’un Indicateur yougoslave et international des transports n’est pas étranger à mon rapport à la littérature : cela constitue pour moi tout un héritage cosmopolite et littéraire »
Mark Thompson, Extrait de naissance, L’histoire de Danilo Kis.
J’existe
« Il n’y a aucun homme ni aucune femme qui, s’étant regardé par hasard dans une glace, ne se soit étonné de soi-même. Pendant une fraction de seconde on se voit comme un objet fait pour être regardé. On pourrait appeler cela narcissisme, mais moi je l’appellerais : joie d’être. Joie de trouver dans la figure extérieure les échos de la figure interne. Ah, alors c’est vrai que je ne me suis pas imaginée : j’existe. »
Merci Clarice Lispector (Chroniques), merci aussi celui que j’appelle irrévérencieusement « Didi » (Georges Didi-Huberman, qui m’a attirée vers ces Chroniques et indirectement à toute l’œuvre de Clarice Lispector.)
Novalis
Hier soir brève plongée dans Le Brouillon général de Novalis après avoir lu dans la journée un article sur les Grains de pollen, livre à propos duquel j’ai beaucoup échangé jadis avec Laurent Margantin qui en a proposé une traduction chez publie.net (mais où est donc ce livre ? et j’entends la chanson de Nino Ferrer, où donc passé ce chien, je le cherche partout – je cherche aussi mon Gallimard d’extraits de Lichtenberg, qui n’est pas là où il devrait être).
Les Grains de pollen, Bruchstücke, qui veut dire fragments. Le titre Grains de pollen est une création de Laurent Margantin, semble-t-il. Dans la correspondance de Novalis, l’auteur parle simplement de « fragments (Bruchstücke) d’un dialogue continu avec moi-même » et les envoie à Friedrich Schlegel, qui les publie en 1798 dans la revue Athenäum.
Je demande à mon « ia professeur d’allemand », de me proposer un fragment des Bruchstücke à traduire.
Réponse, plutôt inspirante : Die Welt muß romantisiert werden. So findet man den ursprünglichen Sinn wieder. Romantisieren ist nichts, als eine qualitative Potenzierung. »
Ma traduction (à la volée) : Il nous faut romantiser le monde. Ainsi retrouverons nous le sens originel. Romantiser, ce n’est rien d’autre qu’une potentialisation qualitative. »
Perplexity (IA prof) me fait remarquer que le sens est juste mais que je personnalise le fragment. Je lui demande ensuite ce que Novalis entend par romantiser et voici sa réponse :
Dans le fragment que tu as traduit, romantiser (romantisieren en allemand) est un concept clé de la philosophie et de la poétique de Novalis. Il ne s’agit pas simplement d’embellir la réalité ou de la rendre plus sentimentale, comme on pourrait le penser aujourd’hui avec le mot « romantique ».
1. Romantiser, c’est transfigurer le monde
Pour Novalis, romantiser consiste à donner un sens nouveau, poétique et profond à la réalité quotidienne. C’est transformer le monde ordinaire en un monde chargé de mystère, de beauté et de signification.
2. Retrouver le sens originel
Romantiser permet de retrouver le sens originel des choses, c’est-à-dire de percevoir le monde comme s’il était neuf, magique, plein de possibilités. C’est une façon de voir le monde à travers le prisme de l’imagination et de la poésie.
3. Une potentialisation qualitative
Novalis parle de potentialisation qualitative : cela signifie que romantiser, ce n’est pas simplement ajouter de la quantité (plus de couleurs, plus d’émotions), mais élever la réalité à un niveau supérieur, la rendre plus intense, plus riche, plus significative.
C’est comme si chaque chose devenait plus qu’elle-même, révélant une dimension cachée ou oubliée.
Résumé
Romantiser, pour Novalis, c’est transformer la réalité par l’imagination et la poésie, afin de lui redonner sa magie et son sens profond. C’est une façon de voir le monde comme un poème vivant, où tout est relié et chargé de sens.
Allemand, méthode de travail
et je découvre que non seulement je peux travailler la langue mais je peux aussi me faire aider sur l’histoire littéraire et sur de nombreux autres sujets.
Et si
Et si tout mon travail consistait à romantiser la connaissance du monde, celle que je cherche à connaître, avec une inlassable curiosité. Et si photographiant tant de détails dans la nature, je ne cherchais pas aussi à potentialiser la perception que j’en ai ?
Intelligence artificielle
Je m’en suis déjà un peu ouverte dans ce Flotoir. Oui, je travaille avec l’intelligence artificielle, j’en explore les possibilités, un peu comme j’ai exploré celles de l’internet. Je travaille mon allemand avec Perplexity et c’est miraculeux. Je ne parle pas des résultats, on verra plus tard, mais je parle du fait que je peux demander exactement ce dont j’ai besoin, en termes de compréhension d’un mot, d’une tournure, d’un texte, je peux proposer des thèmes et versions qui me sont rendues immédiatement corrigées et enrichies de remarques de vocabulaire, de grammaire, d’idiomaticité. Je peux aussi poser des questions sur la civilisation allemande et je constate que l’IA en fait va chercher dans des sites fiables, qu’elle compile et résume (ici en l’occurrence Fabula, Wikipédia). Je lis aussi nombre d’articles sur le sujet, pour me faire mon idée, à moi. Possibilités et dangers. Je ne suis pas paresseuse (euphémisme), donc je ne risque pas de me laisser aller à tricher avec moi-même ou à prendre le plus court chemin, pour ne pas me « fatiguer », ou réfléchir par moi-même. Je ne suis pas une étudiante, sauf de la vie et de la lecture.
Autre avantage pour l’allemand : j’ouvre le fil du cours quand je veux et je peux dialoguer avec l’IA au cours de la journée, lui adresser un morceau de phrase, puisque je m’efforce aussi de penser un peu en allemand. J’essaie de m’en servir comme d’un outil de potentialisation qualitative.
Le philologue Jean Nicot
→ J’ai vécu trois décennies dans une rue qui porte son nom, ne l’associant, le pauvre homme, qu’à la nicotine. Or j’apprends dans un magnifique article du Monde sur l’histoire des dictionnaires, que c’était aussi un philologue. Rien de moins que le père du Trésor de la Langue française. Je ne fume plus depuis belle lurette mais je me sers si souvent de la mouture contemporaine de ce TLF !
« Jean Nicot (1530 – 10 mai 1604) était un diplomate, philologue et érudit français, originaire de Nîmes, fils d’un notaire reconnu dans la société locale. Il a quitté sa ville natale assez jeune pour Paris, où il s’est distingué par son esprit et ses connaissances, gagnant ainsi l’estime de nombreux savants et l’attention de la cour royale.
Sa carrière diplomatique a été marquée par sa nomination en tant qu’ambassadeur de France au Portugal entre 1559 et 1561, sur ordre du roi François II. C’est lors de ce séjour à Lisbonne qu’il a découvert les vertus médicinales du tabac, alors utilisé principalement comme plante ornementale en Europe, et a décidé d’en envoyer à Catherine de Médicis pour soigner les migraines de son fils (ou, selon certaines sources, de la reine elle-même). Le tabac, appelé alors « herbe à Nicot » ou « herbe à la Reine », a rapidement été adopté à la cour, notamment pour ses prétendus bienfaits thérapeutiques..
Jean Nicot est ainsi considéré comme l’introducteur du tabac en France, ce qui lui a valu une certaine postérité, notamment dans la nomenclature botanique : le genre Nicotiana, qui inclut le tabac (Nicotiana tabacum), porte son nom, tout comme la substance active du tabac, la nicotine, nommée ainsi en son honneur au XIXe siècle.
Au-delà de son rôle dans l’introduction du tabac, Jean Nicot est également connu pour son œuvre philologique. Il est considéré comme le père du Trésor de la langue française (Thresor de la langue francoyse), un des premiers grands dictionnaires français, publié à titre posthume en 1606 par David Douceur, à partir de ses Commentaires de la langue française publiés en 1573.
Jean Nicot a terminé sa vie à Paris, où il est décédé et a été inhumé dans l’église Saint-Paul. Il a laissé derrière lui une riche bibliothèque, dont plusieurs volumes sont conservés à la Bibliothèque nationale de France.
La vie en héritage (Tim Ingold)
Dans son livre, Tim Ingold revisite les relations entre les générations, précédentes, présente et à venir, sur la conception contemporaine des liens entre ces générations. Passage éclairant sur l’héritage : « À quoi cela revient-il de transformer ainsi la vie en héritage ? Cela équivaut à transformer des personnes en propriétés, des affects en effets, des foyers en maisons, des lieux en terrains et des conversations en textes. Dans tous les cas, il s’agit d’en extraire la vie, plutôt que de voir ces choses comme des nœuds de croissance et de développement continus. Par cette opération de réduction, la personne n’est plus qu’un ensemble de traits ou de caractéristiques, l’amour. et le soin se résument à l’attribution de biens matériels, la maison n’est plus qu’un bâtiment, un lieu son cadre physique, la langue parlée un simple corpus d’expressions. Plus la vie est vidée des manières ancestrales, par leur conversion en héritage, plus elle se trouve écrasée sur le plan du présent. »
(Tim Ingold, Le passé à venir, p. 77)
Et sur le sol, que se passe-t-il, la question des chemins
Très belle section encore sur les chemins: « En général, la vie laisse sa marque sur le sol sous forme de traces et de sentiers. Avec des humains bipèdes, il faut plusieurs paires de pieds – voire un certain nombre – pour former un sentier. Un humain marchant seul ne laisse que des empreintes, si toutefois le sol est meuble, dont l’espacement dépend de son allure. Un animal quadrupède, tel qu’un chien ou un cheval, laisse des traces de pattes ou de sabots, différentes mais tout aussi reconnaissables. Ces empreintes permettent d’en savoir beaucoup sur la créature qui les a laissées : ce qu’elle était, quand elle est passée, où elle se dirigeait et même à quelle vitesse elle allait. Mais les traces ne sont pas des sentiers. Pour faire sentier, il faut qu’un certain nombre de pieds foulent le sol de manière similaire, que ce soit en un seul mouvement de masse ou en de nombreux mouvements solitaires sur une période prolongée, de sorte que les empreintes individuelles deviennent difficilement discernables. Ainsi, le sentier se forme avec les êtres qui le parcourent, les lieux qu’ils habitent et le paysage dans lequel il s’inscrit, comme la cristallisation d’un processus de vie collectif. En tant que tel, il peut continuer à se faire de génération en génération, les descendants suivant les pas de leurs ancêtres. Enfant, vous vous promeniez peut-être sur un chemin familier avec vos parents et grands-parents, qui l’avaient sans doute déjà foulé avec les leurs lorsqu’ils étaient jeunes. Le chemin est quelque chose que vous faites avec eux. Mais précisément parce qu’il est continuellement coproduit par la collaboration des générations, on n’hérite pas d’un chemin. (…) Dans notre expérience quotidienne, marcher sur un chemin, c’est, en même temps, se souvenir d’où il va ; c’est un mouvement vital de prolongation qui anticipe l’avenir tout en retraçant un passé chargé d’histoire. » (p. 78)
→ Je repense au livre de Sylvain Tesson, sur les « chemins noirs », « Dans notre expérience quotidienne, marcher sur un chemin, c’est, en même temps, se souvenir d’où il va ; c’est un mouvement vital de prolongation qui anticipe l’avenir tout en retraçant un passé chargé d’histoire. » (…) Ces tracés en étoile et ces lignes piquetées étaient des sentiers ruraux, des pistes pastorales fixées par le cadastre, des accès pour les services forestiers, des appuis de lisières, des viae antiques à peine entretenues, parfois privées, souvent laissées à la circulation des bêtes. La carte entière se veinait de ces artères. C’étaient mes chemins noirs. Ils ouvraient sur l’échappée, ils étaient oubliés, le silence y régnait, on n’y croisait personne et parfois la broussaille se refermait aussitôt après le passage. Certains hommes espéraient entrer dans l’Histoire. Nous étions quelques-uns à préférer disparaître dans la géographie. Passages secrets, les chemins noirs dessinaient le souvenir de la France piétonne, le réseau d’un pays anciennement paysan. Ils n’appartenaient pas à cette géographie des « sentiers de randonnée », voies balisées plantées de panonceaux où couraient le sportif et l’élu local. Même à proximité d’une agglomération, la carte au 25 000e livrait des issues : une levée de terrain, un talus discret, une venelle. Partout, l’ombre avait des survivances. »
Poez/sibao
En tout près de 14 000 articles depuis 2004. 12 832 dans Poezibao et déjà 1031 dans Poesibao.
dimanche 25 mai 2025
Approfondissent de la connaissance
Je lis avec passion La Clé des songes de Grothendieck. Il y expose sa méthode de travail personnel et intérieur, principalement à partir de ses rêves.
Il parle de deux façons différentes d’approfondir une chose qui nous parle, nous intéresse, nous concerne : « Je perçois cet approfondissement de deux façons différentes (…)
Voici le premier : l’esprit entre et pénètre dans la chose qu’il s’agit de connaître, comme si celle-ci était formée de strates et de couches successives ; sondant laborieusement une couche après l’autre (…) jusqu’à ce qu’enfin il touche au fond.
C’est au moment même où tu touches au fond que prend naissance la chose nouvelle, l’image vivante, incarnation d’une connaissance nouvelle et véritable, te livrant une réalité devenue soudain tangible, irrécusable. »
→ aspect externe du travail, franchissement de seuils. Yang, aspect masculin
Deuxième aspect : aspect interne du travail. « C’est la psyché maintenant qui est pénétrée, elle qui joue le rôle réceptif ou passif, « féminin ». On ne fore plus l’oignon, mais « la psyché elle-même, perçue comme une formation de couches superposées, depuis la surface (l’écran où se projette les impressions et prises de connaissance pleinement conscientes) jusqu’aux parties de plus en plus profondes et reculées de l’inconscient. (…) c’est la perception et la compréhension de la chose que je désire connaître. » (32)
Conversations implicites
Judith Balso, dans un entretien publié ce dimanche 25 mai 2025 dans Poesibao.
« Quand on lit beaucoup les poètes, on perçoit qu’il existe entre eux des conversations, pas nécessairement explicites : il me semble qu’en poésie il n’y a pas à proprement parler d’histoire, au sens d’une histoire littéraire orientée, mais à coup sûr des conversations, y compris entre vivants et morts. »
lundi 26 mai 2025
La méditation de Grothendieck
Je m’étais longuement interrogée, lors de ma grande lecture de Récoltes et semailles, sur ce que Grothendieck appelle la « méditation ». Il dit avoir eu trois passions dans sa vie, les mathématiques (certains pensent qu’il est le plus grand mathématicien du XXème siècle), les femmes, avec la quête de la compagne idéale et enfin ce qu’il appelle la méditation. Découverte un peu par hasard (mais au fond pas vraiment) quand il avait plus de 45 ans. Une nuit d’angoisse où il se mit à pister ce qu’il vivait et ressentait. Sans aucune concession, avec l’intuition qu’une part de lui, qu’il appelle souvent l’enfant, cherchait à dire quelque chose que l’homme mûr, qu’il appelle le patron, fait tout pour étouffer. J’étais à l’époque en pleine découverte de ce qu’on appelle la méditation de pleine conscience et sur le mot de « méditation » apparu soudainement chez Grothendieck, j’ai plaqué tout ce que j’apprenais de la méditation de pleine conscience. Cela a peu à voir en fait. Même si dans un cas comme dans l’autre, on cherche à s’ouvrir à la pleine conscience de soi, de ce que l’on pense, ressent. Pour Grothendieck, c’est surtout la connaissance de soi, en essayant d’éliminer tous les faux fuyants. Il se sera beaucoup appuyé sur le rêve, c’est ce que je découvre dans le livre que je commence à lire : la clef des songes. Et dans ce livre, il revient précisément sur la question de la méditation et renvoie aux pages de Récoltes et Semailles où il en parle le plus. Je les ai relues hier soir avec bonheur.
→ C’est aussi une belle leçon. Comment un pré-jugé, à partir d’un mot, ici le mot de méditation, peut entraîner sur une fausse piste.
jeudi 29 mai 2025
Encyclopédistique
Je reprends le Brouillon général de Novalis ! quels jeux entre Lichtenberg, Novalis et Grothendieck, c’est passionnant.
Petite recherche sur la notion d’encyclopédistique :
« Dans le contexte du « Brouillon général », le projet encyclopédistique de Novalis se manifeste par une collecte de matériaux issus de tous les domaines (mathématiques, philosophie, morale, etc.), mais aussi par une volonté de révision, de classification et d’unification de ces savoirs sous des titres originaux, dont le plus fréquent est justement « encyclopédistique ». Ainsi, l’encyclopédistique chez Novalis incarne la quête d’une science universelle, à la fois rigoureuse et ouverte à l’imagination, à la poésie et à la philosophie. »
Concrètement, l’encyclopédistique novalissienne se distingue de l’encyclopédisme classique par son caractère heuristique : elle n’est pas un simple inventaire, mais un « art d’inventer », une méthode de découverte scientifique et philosophique qui vise à faire progresser la connaissance vers une science universelle et absolue. Elle s’appuie sur des principes comme la Wechselwirkung (action réciproque), héritée de Fichte et Schiller, qui implique une interaction organique et dynamique entre les différents domaines du savoir, plutôt qu’une simple juxtaposition ou compilation
En pratique, dans le Brouillon général, l’encyclopédistique se manifeste par une classification originale et inventive des savoirs, par l’usage de techniques comme la combinatoire, l’analogie ou la « potentiation » (élévation à une puissance supérieure), et par une attention à la poésie, à l’art et à l’imagination comme moyens d’atteindre l’unité du divers. . L’encyclopédistique est donc l’infrastructure rationnelle et vivante de l’encyclopédie, la matrice qui rend possible la saisie du monde comme totalité symbolique et unifiée 5.
→ Ces données sont issues d’une recherche Perplexity.
Le Brouillon général
Laure Cahen-Morel : À destination d’un projet dit du « Brouillon général », entamé en 1798-1799, à la finde sa courte vie (il meurt en 1801), Novalis a couché par écrit plus d’un millier de notes, plus ou moins développées, sur 236 pages, sans leur conférer de forme définitive propre à une publication mais dont l’ambition explicite, comme nous le mettrons en évidence dans ce qui suit, est celle d’une totalisation encyclopédique du savoir.
L’anthropologie et la psychologie, la métaphysique, l’éthique, la religion, la politique, la poétique et les beaux-arts, la philologie et la grammaire y côtoient la physique, la chimie, la minéralogie et l’astronomie, les mathématiques, l’art de la guerre, la théorie de la vie ordinaire, ou encore l’art culinaire. Le poète-philosophe s’intéresse à tout, comme à tous (Voltaire, Goethe, Shakespeare, Hemsterhuis, Kant, Fichte, Jacobi, Schelling, Ritter…), avec quelques accents particuliers : la médecine et la physiologie humaine, la philosophie, l’histoire. » (source)
vendredi 30 mai 2025
Nous émettons une lumière
(et je continue à me poser la question de savoir si nous avons une signature sonore, j’en suis quasiment convaincue, une fréquence mais à lire l’article qui suit, je me dis que si nous émettons quelque chose de l’ordre du sonore, la fréquence doit varier.
« Selon des recherches récentes de l’Université de Calgary, tous les organismes vivants émettent une lumière extrêmement faible appelée émission de photons ultra-faible (UPE) qui cesse immédiatement à la mort, offrant ainsi une méthode non invasive potentielle pour surveiller la santé biologique et le stress dans les systèmes vivants.
L’émission de photons ultra-faible (UPE) résulte des espèces réactives de l’oxygène (ROS) générées lors du métabolisme cellulaire et des processus de stress oxydatif. Lorsque ces ROS interagissent avec d’autres molécules, ils créent des états excités électroniquement qui libèrent de l’énergie sous forme de photons. L’intensité de cette luminescence biologique est extraordinairement faible – environ 10 à 1 000 photons par centimètre carré par seconde, ce qui la rend 1 000 à 1 000 000 de fois plus faible que ce que l’œil humain peut percevoir.
Ce phénomène se distingue d’autres processus de production de lumière comme la bioluminescence ou la luminescence retardée, car il s’agit d’une émission spontanée et permanente se produisant universellement dans tous les systèmes vivants.
L’UPE a été documentée chez divers organismes, des cellules individuelles aux entités multicellulaires complexes, son intensité et ses caractéristiques spectrales reflétant l’état métabolique de l’organisme. Chez les plantes en particulier, l’UPE atteint un maximum dans le spectre rouge/rouge lointain (700-750 nm) et est modulée par les mécanismes de détoxification cellulaire et la concentration d’oxygène singulet dans les tissus.
(…) Les applications pratiques de l’UPE s’étendent à de nombreux domaines, offrant des possibilités révolutionnaires pour la surveillance non invasive. En médecine, l’UPE constitue un outil diagnostique prometteur pour évaluer le métabolisme oxydatif et détecter des conditions pathologiques, avec des applications potentielles dans la recherche en médecine traditionnelle chinoise. Les chercheurs en agriculture peuvent exploiter l’UPE pour évaluer le stress des cultures et la santé des plantes sans contact physique, tandis que l’industrie alimentaire pourrait l’utiliser pour évaluer la qualité et la fraîcheur des produits.
À l’avenir, bien que les tests sur l’homme soient soumis à des contraintes éthiques, il n’existe aucune raison biologique de penser que les humains diffèrent des autres mammifères en ce qui concerne l’UPE.
À mesure que la technologie de détection progresse, la surveillance de l’UPE pourrait devenir la norme pour évaluer la viabilité des organes en médecine de transplantation et fournir un retour d’information en temps réel sur la santé des tissus. Cette validation scientifique de la lueur littérale de la vie fait le lien entre les concepts anciens d’énergie vitale et la biochimie moderne, offrant des perspectives inédites sur les processus biologiques fondamentaux tout en fournissant des preuves quantifiables que la vie produit une lumière mesurable qui disparaît à la mort
(Article Perplexity, combinant plusieurs sources)
Double injure
« Le ciel est fou, ébouriffé d’air pur, affolé de lumière. Des images d’une intense beauté surgissent et disparaissent. Est-ce cela l’apparition d’un dieu ? Je suis incapable de prendre la moindre photo. Ce serait double injure : je pécherais par inattention ; j’insulterais l’instant. »
→ Cette remarque de Sylvain Tesson dans son livre Dans les forêts de Sibérie va loin pour moi, en ce qui concerne la photo. Elle pose notamment la question d’une forme de rapt figeant. Et aussi celle du détournement inévitable de l’attention profonde dès qu’il s’agit de capter, de « prendre » une photo. Comment suis-je dans certains lieux, en termes d’attention à ce qui est, si je suis obsédée par le « cadrage » ?
samedi 31 mai 2025
Lichtenberg
« Il y a quelque chose en nous dont il est presque aussi difficile de se défaire que du vieil Adam, quelque chose qui toujours nous incite à l’artifice, et nous pousse à mal écrire, ce qui est une conséquence immédiate de l’artifice. Et qu’est-ce ? Réponse : nous ne sommes pas éduqués à penser des individua. Nous lisons trop tôt, y compris les écrivains anciens, et il est difficile d’empêcher un enfant d’apprendre, comme dit Herder, à penser ce que les Anciens pensaient, au lieu d’apprendre à penser à la manière dont ils pensaient. Liberty and property, c’est à cela que nous devons nous éduquer. Dans l’absolu, l’homme écrit toujours bien lorsqu’il s’écrit lui-même, mais le perruquier qui veut écrire comme Gellert… qui veut faire le Winckelmann dans son style, et qui débouche dans l’exercice rhétorique, celui-là écrit mal. Pourquoi est-ce que le paysan de Basse-Saxe ravit si souvent par ses naïvetés en bas-allemand le connaisseur du beau, tout au contraire du jeune théologien qui d’une voix mélancolique veut faire passer la lumière au travers de l’obscurité visible du Golgotha, et nous faire, les yeux écarquillés, contempler le Crucifié ? »
(Brouillons, p. 384)
Ce Flotoir
Que je ne me soucie pas de sa réception actuelle (si limitée par ailleurs). Que je m’écrive moi-même, pas pour m’étudier, ce n’est pas le lieu dans ce Flotoir, j’ai d’autres espaces pour cela, mais pour étudier, pour chercher, puisque c’est le but de ces notes. Et comme ils sont encourageants ces grands exemples que je suis, à ta toute petite mesure, les Novalis, les Lichtenberg, les Grothendieck. En particulier Novalis qui passe dans son Brouillon général d’une note sur la chimie, à une autre sur ce qu’il appelle l’encyclopédistique.
mercredi 4 juin 2025
Des sons
Au lever du jour, dans la bruine et le brouillard, je lis cet extrait de Lichtenberg :
« J 1004. Lors d’un beau soir de printemps 1772, couché près de la fenêtre du jardin, qui est à environ 200 pieds de la ville, j’ai dressé l’oreille pour entendre ce qui, de la fameuse ville de Göttingen, parvenait jusqu’à mes oreilles. Et c’était
1) Le murmure de l’eau du grand moulin.
2) Le bruit de quelques chars et calèches.
3) Des cris clairs et animés d’enfants qui étaient probablement à la chasse aux hannetons sur les murs de la ville.
4) Des aboiements à diverses distances, avec des voix et des humeurs variées.
5) 3 ou 4 rossignols dans les jardins alentour ou en ville.
6/ D’innombrables grenouilles.
7) Le choc de quilles renversées.
8) Un cor dont quelqu’un jouait mal, ce qui était le son le plus désagréable de tous.
→ Splendide idée de Lichtenberg d’établir ce relevé des sons qui l’entourent. Je devrais le faire bien plus souvent. Aujourd’hui, on tente de capter les paysages sonores, les ambiances de différentes lieux citadins ou ruraux, en ville ou en forêt. On essaie même de reconstituer les ambiances sonores d’époques lointaines, comme celles du Moyen-Âge.
→ Hier j’ai inscrit dans ma base de connaissance, le titre d’un livre sur l’écologie des sons. Il s’agit d’un ouvrage de Makis Solomos, Pour une écologie de la musique et du son. Dans la notice de présentation du livre, je lis : « Plusieurs débats théoriques et analytiques sont menés : sur la théorie des milieux sonores et les biopolitiques du son ; sur les compositions à base de paysages sonores, le field recording, l’écomusicologie et les créations de biotopes-sonores ; sur l’écoute comme construction du commun, les processus de subjectivation et de capacitation ainsi que sur l’utilisation du son et de la musique à des fins de violence ; sur les fonctions sociales ou politiques de la musique et l’autonomie de l’art, sur les écoféminismes sonores ou sur la décroissance en musique. »
→ A propos de Lichtenberg, j’ai retrouvé non seulement les livres que j’ai déjà de lui, Le Miroir de l’âme, chez Corti et Aphorismes chez Denoël. Mais j’ai retrouvé un petit opus composé par Jean-François Billeter, qui s’intitule Lichtenberg. Il me revient même à l’esprit qu’à l’époque, j’avais été contrariée, pensant avoir acquis un livre de réflexions de Billeter (que je suis et que j’admire beaucoup) sur Lichtenberg. Il s’explique bien de sa démarche dans sa très belle préface. Et au fond peu importe. Il m’importe en revanche que des gens comme lui ou comme Boris Wolowiec s’intéressent à Lichtenberg. J’avance doucement mais sûrement dans l’énorme édition des Brouillons qui vient de paraître. Page 388 sur plus de 3000, j’ai du grain à moudre et cela m’enchante : le murmure de l’eau du grand moulin…
Le sort des données scientifiques.
Je suis vivement alertée par la première de ces annonces du Monde :
Le gouvernement américain ne se contente pas de supprimer des données en ligne : il remet en cause la production et le partage de celles à venir dans des domaines tels que le développement et le climat. Dans une tribune au « Monde », Shaida Badiee, Joel Gurin et Claire Melamed, experts en data, font un état des lieux et appellent à des contre-stratégies.
Un tout petit peu rassurée par cette deuxième annonce :
Après la suppression par l’administration Trump de données de recherche cruciales pour la santé, l’environnement, l’énergie ou le climat, la chercheuse en droit privé Agnès Robin explique, dans une tribune au « Monde », les atouts de la politique européenne de science ouverte pour la conservation et la réutilisation de ces « communs scientifiques ».
→ et que cela me mette en garde pour mes propres données, même si leur importance n’est pas de même niveau. Confidentialité et sauvegarde, deux maîtres-mots.
Le récit
J’ai beaucoup tourné déjà autour des propos de Walter Benjamin sur la nécessité du récit, sur le rôle du Narrateur.
Je retrouve cette remarque d’Olga Tokarczuk, dans Le Tendre narrateur : « De nos jours, il semble que le problème réside en ceci que, non seulement nous n’avons pas encore de narration pour l’avenir, mais que nous n’en possédons pas même pour notre très concret « maintenant », pour les changements ultrarapides qui interviennent dans le monde actuel. Il nous manque un langage, des points de vue, des métaphores, des mythes et des fables nouvelles. »
Il faudrait réfléchir plus avant sur les pratiques contemporaines de narration (emploi constant des mots ‘narratif’ et ‘story-telling’) et que semble être la narration selon Olga Tokarczuk.
lundi 9 juin 2025
Ouverture
« Passionnantes, ces nouvelles cultures à découvrir. Humani nihil a me alienum, comme a dit le grand poète latin : rien de ce qui est humain ne m’est étranger. On peut être chez soi partout. Donnez-moi une table de travail, et j’ai ma patrie. Je ne crois ni au passeport – chose ridicule –, ni au drapeau. Je crois profondément aux privilèges de la rencontre avec le nouveau. » disait George Steiner dans ses entretiens avec Laure Adler (Un long samedi).
→ et n’est-ce pas un des merveilleux potentiels de la lecture, en toute facilité. Aller à la recherche. Je dois ajouter aujourd’hui à la lecture des livres, l’immense base de connaissances « souvent issue des livres au demeurant) qui est à notre portée et notamment via l’intelligence artificielle. Dans cette recherche globale qui est la mienne, intellectuelle mais aussi de plus en plus, plus profonde, spirituelle, à la manière de ce que fut celle d’Alexandre Grothendieck, ces outils sont d’une très grande utilité. Il faut peut-être d’ailleurs ici faire une distinction importante. l’IA que j’utilise fonctionne surtout comme un moteur de questions. Car en réalité, Perplexity, c’est son nom, travaille essentiellement avec le Web. Il cite ses sources, ce qui est très précieux pour la vérification.
Marcel Légaut et… Perplexity
Voici d’ailleurs un exemple concret. Hier, lisant le très passionnant Clef des Songes d’Alexandre Grothendieck, qui reconstitue son parcours intérieur, intellectuel et spirituel, je tombe sur une allusion à Marcel Légaut. Je n’ai jamais entendu son nom, mais je fais toute une recherche qui me permet de découvrir quelqu’un qui est un peu à l’image de Grothendieck, un grand mathématicien, qui a tourné la page mathématiques, pour devenir berger et développer tout un travail spirituel, avec notamment des rencontres. J’ai pu faire toute cette recherche grâce à Perplexity, qui fonctionne comme une sorte de métamoteur de recherche, en ce sens qu’il fouille et agrège, en une vraie synthèse, très claire, ce qu’il trouve sur les différents sites.
Je ne sais pas encore si Marcel Légaut aura une importance pour moi, mais voilà que j’ai pu poser une balise, facilement. Je fais un jeu de mot idiot, mais qui est aussi un moyen mnémotechnique : Perplexity m’a offert une petite brique de Lego.
Et un autre outil (Readwise)
Et j’ai aussi déjà évoqué cet autre outil formidable, qui m’aide considérablement dans ma recherche globale. Readwise. Il est connecté à ma liseuse et à d’autres sources et me propose, à ma demande et selon des critères que j’ai définis moi-même, une sélection de mes surlignements passés dans toute ma bibliothèque électronique.
Ce matin, par exemple, cette merveilleuse note de l’Oberman de Senancour, qui « va bien » avec ma remarque précédente : Senancour, citation
« Mais là, sur ces monts déserts, où le ciel est plus immense ; où l’air est plus fixe, et les temps moins rapides, et la vie plus permanente : là, la nature entière exprime éloquemment un ordre plus grand, une harmonie plus visible, un ensemble éternel : là, l’homme retrouve sa forme altérable mais indestructible ; il respire l’air sauvage loin des émanations sociales ; son être est à lui comme à l’univers : il vit d’une vie réelle dans l’unité sublime. »
in Oberman.
Forer plutôt que ‘drôner’
Il me faut me restreindre en termes de quantité, dans toute ma recherche. Elle est un peu vaste et pour mes moyens et pour le temps qu’il me reste.
Dans tous les domaines, essayer de penser moins mais mieux. Par exemple en allemand. Perplexity me donne assez à travailler avec une seule phrase de mon cru corrigée, améliorée, etc. Je peux en tout approfondir au lieu de survoler, de voler à la surface. Forer plutôt que ‘drôner’ en somme.
→ et bien sûr, c’est aussi la question avec les livres et la lecture. Ma curiosité est immense et les sollicitations, considérables, compte tenu notamment de tous les livres qui me sont envoyés, qui m’appellent, me tentent mais que je ne peux tout simplement pas lire, faute de temps.
mardi 10 juin 2025
La lecture
De la lecture (Michèle Petit)
Dans son beau livre, Éloge de la lecture, je retiens cette remarque de Michèle Petit, qui résonne tant avec tout ce qui se passe en ce moment, y compris outre-Atlantique, ce qui est peut-être à la fois le plus douloureux et le plus inquiétant : la destruction de la lecture
« Ce geste d’appropriation, de rapt, qui caractérise la lecture, ce pouvoir de la chose écrite de se plier à la fantaisie de chacun, voire aux plus secrets de ses fantasmes, cette caractéristique qu’ont les mots d’échapper à toute police des signes, dès lors que chacun peut y faire passer son propre désir et les associer à d’autres mots, ont toujours effrayé. Et les pouvoirs, religieux, politiques ou domestiques, n’ont cessé de vouloir contrôler la réception des textes, imposer une lecture, et une seule. Des lecteurs qui s’étaient égarés hors des chemins dûment tracés ont même été exécutés. »
mercredi 11 juin 2025
Le meilleur et le pire des temps
Je viens de m’abonner au Grand Continent qui publie des articles de fond remarquables. Attestation de nouveau de mon besoin de comprendre notre monde, notre temps, adossée au constat que la plupart des médias ne le permettent pas complètement.
Je lis un entretien avec la grande écrivaine espagnole Rosa Montero, qui publie Animales difíciles.
Formidable entame de l’article :
Mathéo Malik : La première épigraphe de Animales difíciles est le célèbre incipit du Conte de deux Cités de Dickens : « C’était le meilleur des temps, c’était le pire des temps ; c’était l’âge de la sagesse, c’était l’âge de la folie ; c’était l’époque de la foi, c’était l’époque de l’incrédulité ; c’était la saison de la Lumière ; c’était la saison de l’Obscurité ; c’était le printemps de l’espoir, c’était l’heure du désespoir ». Pourriez-vous expliquer pourquoi vous avez choisi cette citation ?
Rosa Montero : Parce que nous vivons le meilleur et le pire des temps.
Je pense que cela correspond parfaitement à la période que nous traversons. D’une part, elle est extrêmement conflictuelle, agitée, crépusculaire à bien des égards. Les gens ont une sensation apocalyptique. D’autre part, c’est extrêmement intéressant et fascinant parce qu’il se passe des choses qui ne se sont jamais produites auparavant.
J’ai passé toute ma vie à lutter contre ce biais cognitif qui vous fait croire que ce que vous vivez est la chose la plus importante qui soit jamais arrivée. Comme quand on vous disait qu’il n’y avait jamais eu autant de violence et que vous répondiez que si, à l’époque des Vikings…
Mais il est vrai que nous vivons des choses qui n’ont jamais été vécues auparavant. Nous sommes à une frontière par exemple technologique d’une dimension absolument incomparable. Le niveau de multiplication exponentielle des données et de l’information est sans précédent. En d’autres termes, nous vivons un moment unique et très intéressant.
Je pense donc que le merveilleux incipit de Dickens correspond tout à fait pour illustrer cela.
Nos livres sont plus intelligents que nous
Autre citation remarquable de Rosa Montero : « Je pense que tous les écrivains, du moins les romanciers, ont la conviction profonde que leurs livres sont meilleurs qu’eux-mêmes.
Nos livres ne sont pas seulement le meilleur de nous-mêmes, ils vont même un peu plus loin. Quand l’inspiration – qui n’est pas très fréquente – arrive enfin, on écrit des choses qui vont faire qu’on se demande d’où elles viennent. On se dit : « Mais je ne savais pas cela ! ».
Alors oui, j’ai cette impression que nos livres sont plus intelligents que nous. Et par conséquent, il y a sûrement des personnages qui sont aussi plus intelligents. »
→ et si je pousse le raisonnement, les livres des autres sont plus intelligents qu’eux ! À condition qu’ils aient vécu une part d’inspiration, ce qui n’est pas facile à détecter !
Une méthode d’écriture
Je trouve toujours passionnant de savoir comment les écrivains travaillent.
Rosa Montero : « Je passe d’abord un an et demi à prendre des notes et à développer l’histoire dans des petits carnets. Puis, à la fin de cette période, comme la structure est importante pour moi, je commence à faire des organigrammes du roman sur de grandes feuilles en carton. Ensuite, je commence à faire des combinaisons de chapitres.
Quand j’ai l’histoire, la question qui se pose est : comment la raconter désormais ?
Je place un chapitre ici, je change celui-là, je modifie l’ordre, etc. Je peux faire une dizaine de combinaisons. C’est un fichu puzzle. En réalité, je n’aime pas les casse-têtes parce que je n’ai pas de patience. »
Question : Lorsque vous écrivez ces fragments, suivez-vous votre intuition ou une ligne directrice que vous avez a priori ?
Rosa Montero : Ce ne sont pas des fragments. En réalité, ce sont juste des idées. Peut-être que pendant toute cette année et demie où je remplis des tonnes de cahiers, j’écris trois paragraphes, mais seulement six ou sept lignes, pas plus. En d’autres termes, à ce stade, j’écris très peu.
Ce que je fais, c’est développer ce qui se passe, développer les personnages. Je prends des notes.
Ce n’est qu’après, quand j’ai une idée très claire de toute l’histoire, que je sais qu’il y aura 48 chapitres et ce qui va se passer dans chacun d’eux, que je m’assois devant mon ordinateur, que je commence le premier chapitre et que je passe encore un an et demi à écrire.
Hérisson et Renard
Rosa Montero : Isaiah Berlin disait qu’il existe deux types d’écrivains : l’écrivain hérisson, qui se recroqueville sur lui-même et écrit toujours la même œuvre, et l’écrivain renard, qui parcourt la steppe à la recherche de nouveaux horizons.
La distinction n’est pas péjorative pour les hérissons car on suppose qu’ils approfondissent leurs thèmes. Un grand hérisson serait, par exemple, Marcel Proust qui a écrit Jean Santeuil puis À la recherche du temps perdu. C’était la même chose mais approfondie. Javier Marías était un autre hérisson très clairement.
Moi je suis totalement un renard. Je cherche sans cesse une nouvelle façon d’expliquer mes obsessions. Je pense qu’il faut chercher une forme novatrice. Mais le fond est absolument essentiel – la forme seule n’a aucun intérêt.
→ tout l’entretien est passionnant et je vois déjà justifié mon nouvel abonnement au Grand Continent.
vendredi 11 juillet 2025
Flotoir
Presqu’un mois sans Flotoir ! Mais j’ai beaucoup travaillé mon système de prises de notes, via le système Zettelkasten, le lancement d’un système de fiches papier, etc. Obsidian et le Vracoir aussi qui portent mes recherches et pourront me permettre de reprendre quelques points essentiels dans ce Flotoir. Qui devrait être ouvert comme le Logoir, le Vracoir sur mon bureau dès le matin. Que je me le dise !
Une sculptrice sonore, Signe Lidén
J’ai découvert avec émerveillement dans le livre de Caspar Henderson, Une histoire naturelle des sons, qu’il existait des sculpteurs sonores.
« Il se peut que certains des tout premiers mécanismes horlogers du corps de nos lointains ancêtres aient évolué non pas comme des horloges circadiennes réagissant à la lumière, mais comme des horloges marémotrices réagissant aux mouvements de la mer. Les marées créent aussi des rythmes (le flux et le reflux de la mer sur le rivage répercutent les remous d’une longue et rapide vague peu profonde autour des bassins océaniques en réaction à l’attraction de la Lune et du Soleil). Et, entraînés par ces rythmes, des organismes tels que les algues et les animaux qui s’en nourrissent ont évolué et adopté des formes complexes tout en s’organisant dans des zones semi-ordonnées et interdépendantes. La sculptrice sonore norvégienne Signe Lidén et le biologiste néerlandais Arjen Mulder ont émis l’hypothèse que ces organismes sont en quelque sorte les « pensées » de la marée, le produit de ses effets sur une période de plusieurs milliards d’années. Pour son projet, The Tidal Sense (« Le Sens de la marée »), Signe Lidén a installé une toile de 28 mètres de long – une version géante de la membrane d’un microphone sensible aux vibrations – sur le rivage des îles Lofoten, au nord de la Norvège, et enregistré les bruits au-dessus et en dessous du niveau de la mer. Elle entend notamment une profonde pulsation primordiale à longue portée qui vibre dans tous les autres sons. » (51)
→ et voici que plus est, nous sommes aux iles Lofoten qui marquent profondément mon imaginaire depuis le poème de O.V. von L. Milosz, au cimetière de Lofoten.
Les domaines du sonore
Le livre de Caspar Henderson s’organisent en effet autour de différents chapitres : Cosmophonie, Géophonie, Biophonie, Anthropophonie.
Et même les aurores boréales
« On est plus surpris d’apprendre que les aurores boréales produisent des sons. Au début du XXe siècle, l’explorateur danois Knud Rasmussen écrivit que les Inuits entendent parfois des sifflements, des froissements et d’autres bruits comme si ces sons étaient joués par un instrument de musique dans le ciel. » (CH., 58)
Notre oreille est une merveille (c’est moi qui le dis)
Et on en est d’autant plus conscient quand elle remplit moins bien son office.
L’oreille humaine détecte une gamme assez large de fréquences en vertu de diverses propriétés physiques tout au long de la membrane basilaire. À sa base, juste à côté de la fenêtre ovale, la membrane est étroite – d’une largeur d’environ un cinquième de millimètre – et relativement rigide, mais à mesure qu’elle s’enfile dans la cochlée, elle s’élargit, comme ces cravates évasées qu’on portait dans les années 1970, et devient une centaine de fois plus molle. La partie la plus rigide vibre en réagissant aux sons dont les fréquences sont les plus élevées – jusqu’à 20 000 hertz pour les êtres humains ; la partie la plus molle en réagissant aux fréquences basses. Tout se passe comme si des claviers de piano étaient enroulés en spirale dans notre oreille interne ou comme si nous disposions d’une carte tonotopique où chaque son correspondrait à un lieu. Lorsque nous entendons un grand nombre de fréquences en même temps, comme c’est en général le cas, plusieurs ondes se forment le long de la membrane. Avec l’âge, nous avons tendance à perdre notre capacité auditive dans la partie supérieure de la gamme normale (le chant du grillon, par exemple, ou le chant d’oiseau le plus aigu) parce que c’est là que les vibrations sont le moins atténuées et qu’il y a tout simplement moins de cellules ciliées à perdre sur la bande la plus étroite. » (CH 84)
Quand un bruit presque imperceptible
… déplace ces cellules ciliées externes, une protéine nommée prestine, le générateur de force le plus rapide que l’on connaisse parmi les cellules vivantes, réagit pour amplifier l’onde, laquelle déclenche à son tour les cellules ciliées internes en attente. Ce dispositif permet à l’oreille humaine de percevoir des sons dont les niveaux d’énergie varient sur une échelle de un à un million, de la chute d’un flocon de neige à un coup de tonnerre.
→ Et ce matin, j’écoute Mozart, de nouveau et je m’émerveille. Il n’y a aucune faiblesse nulle part, aucun rebut, tout parle. Je me souviens aussi que j’ai lu récemment un livre assez passionnant sur les effets de la musique.
Martina Niernhaussen
Il s’agit d’un livre de hasard, j’entends par là un livre trouvé chez un bouquiniste, en Bretagne et qui a occupé mon séjour là-bas.
Martina Niernhaussen signe ce livre qui m’a retenue, Du premier cri au dernier souffle : Quand la musique aide à vivre » (2011). Chef de chœur, d’orchestre, musicothérapeute, elle y relate diverses expériences très frappantes auprès de différents publics, autistes, personnes en soins palliatifs ou bien encore atteintes de dégénérescences. « À travers son travail, Martina Niernhaussen incarne l’idée que la musique est bien plus qu’un simple art ; c’est un langage universel et un outil thérapeutique puissant, capable de créer des ponts, de guérir et d’enrichir la vie des personnes, en particulier celles qui sont les plus vulnérables. Ses actions et ses écrits témoignent de son engagement profond et de sa passion pour l’humain et la musique. »
C’est aussi elle qui m’a attiré vers Daniel Levitin dont je reparlerai. Car elle introduit souvent dans son récit des parties plus théoriques passionnantes. Notamment sur les répercussions neuronales de la musique. Or Daniel J. Levitin est une figure éminente à l’intersection des neurosciences, de la psychologie, de la musique et de la science cognitive. Canadien de naissance, il est surtout connu du grand public pour ses livres à succès qui explorent les mystères du cerveau musical et la science derrière la musique. Et j’ai d’ailleurs acquis un de ses livres, dont j’ai commencé la lecture.
Mais sur nos capacités auditives, soyons modestes et vive les chats
Comme nous sommes capables de percevoir des ondes sonores jusqu’à 20 000 cycles par seconde – soit un millier de fois plus vite que notre résolution d’une information visuelle –, l’audition est un super-pouvoir humain, mais elle est encore plus puissante chez certains animaux. Un chien peut entendre des ondes sonores jusqu’à une fréquence de 40 000 hertz – deux fois plus élevées que celles qu’entend un être humain – et les chats, jusqu’à 80 000. Les souris et les rats chicotent et couinent entre eux à une fréquence de 90 000 hertz. Les marsouins perçoivent des sons dont la fréquence atteint les 140 000 hertz et les chauves-souris, jusqu’à 200 000. Par rapport à tous ces animaux, nous habitons, sur le plan acoustique, un pays d’autant plus plat que nous sommes insensibles à une immense partie du spectre sonore, à commencer par le vacarme des tempêtes marines, les secousses sismiques et les éruptions volcaniques, jusqu’à ce que l’archéologue britannique Jacquetta Hawkes appelait « le fin tissu des sons imperceptibles : la pousse de la végétation, les infimes mouvements des feuilles et des fleurs et tous les frémissements de la croissance et de la décomposition ». À ce fin tissu, on pourrait ajouter les chants ultra-aigus des insectes, les cris ultrasons des chauves-souris, les doux bruissements effervescents de l’eau et de la sève qui circulent dans les vaisseaux des plantes. « Il y a quelque chose d’émouvant dans ces limitations, écrit David George Haskell. Le monde parle, mais notre corps n’entend guère ce qui l’environne. » (CH, 87)
La toute première note chantée
« On sait pour l’instant avec précision que la toute première note a été chantée il y a environ 165 millions d’années par une tettigoniida, une espèce de sauterelle qui frottait la nervure crénelée d’une de ses ailes contre un plectre sur l’autre, produisant ainsi un son qu’on nomme stridulation. Sa fréquence exacte — 6 400 hertz, légèrement au-dessus d’un sol7, soit environ une quinte au-dessus de la note la plus haute d’un clavier de piano — peut être déduite de l’anatomie de vestiges conservés dans de l’ambre. Une reconstitution diffusée en 2012 nous fait entendre des sons grêles et électroniques : une minuscule alarme incendie dont la batterie est quasiment déchargée. » (CH, 89)
→ et là, je me permets de douter. Qu’il y ait là un semblant de note, oui, mais que ce soit la toute première note chantée, je ne vois vraiment pas ce qui permet de le dire !
Mais j’aime bien cette idée : Comme le laissait entendre l’écologiste américain Peter Warshall, il est possible que la cymbalisation des cigales ait été le premier diapason de l’humanité : une fréquence fiable et régulière qui tenait lieu de note de référence aux tout premiers chants de nos ancêtres. (CH, 92)
Et le son des plantes
J’ai été fascinée en regardant, dans un documentaire, des scientifiques ausculter littéralement des arbres. « Il devient de plus en plus facile, pour les êtres humains, d’écouter les sons qu’émettent les plantes quand elles poussent et réagissent à leur environnement. Des microphones placés sur le tronc d’un arbre peuvent capter le bruit de l’eau et de nutriments qui s’acheminent à travers les cellules : un délicieux bruit buvable et ligneux en quelque sorte. ‘Les sons que produisent les plantes sont beaucoup plus fascinants et stimulants pour notre façon de les percevoir que nous n’en avons encore conscience’, affirme Jez riley French. Comme les technologies employées pour leur écoute deviennent plus accessibles, c’est là l’occasion, suggère l’artiste sonore, d’apprendre à respecter et à représenter plus équitablement les écologies dont elles font partie. » (CH, 95)
Ecouter, toujours écouter
« Lorsqu’on étudie les sons du monde vivant, on tombe sur des merveilles imperceptibles à l’oreille humaine ; rien n’est plus fascinant que de les rendre audibles au moyen d’amplificateurs électroniques. Mais il peut suffire et il vaut parfois mieux se contenter d’accorder une plus grande attention à ce qui est déjà à la portée de nos sens, sans médiation. ‘À elle seule, l’attention peut rivaliser avec les lentilles grossissantes les plus puissantes’, écrit la botaniste américaine Robin Wall Kimmerer dans son analyse des différents types de mousses. Cela est vrai également quand on observe les abeilles. » (CH, 107)
Temps nettoyeur
Amusée par cette remarque d’un jeune entrepreneur, Eliott Meunier, dans un livre au nom évocateur : Arrêtez d’oublier tout ce que vous lisez. J’aurai pu lui parler de ma méthode, alias le Flotoir, aujourd’hui flanqué d’annexes non publiques ! Mais il m’aide bien dans les problèmes méthodologiques générées par mon immense curiosité pour beaucoup de domaines. Alors sa remarque : « Le temps est un nettoyeur. La meilleure méthode de sélection des livres et des publications scientifiques est de tenir compte de leur âge. Les livres récents, de moins d’un an, ont une faible probabilité de survie et ne valent probablement pas la peine d’être lus. Dans une nouveauté, il y a toujours une opacité que seul le temps peut dissiper. Ce principe est théorisé sous le nom de ‘Lindy Effect’ par Benoît Mandelbrot dans son livre The Fractal Geometry of Nature. L’effet Lindy signifie que l’espérance de vie de ce qui est non périssable, notamment les informations, croît avec l’âge.
→ Je pense que ça vaut aussi pour les surlignements dans les livres. Certains tombent d’eux-mêmes à plus ou moins courte échéance, parfois lors du relevé, parfois des semaines après.
→ je pense à cette expérience à la fois cruelle et amusante qui consiste à lire des listes de prix Goncourt d’il y a cinquante ans. Même pour une personne plutôt bien informée, tant de noms qui ne « disent » strictement rien.
→ Mais dans le domaine de la littérature, appliquer cette idée reviendrait à se rendre totalement inaccessible à ce qui émerge.
Les quatre temps du rêve
Je lis aussi avec ardeur le dernier livre paru d’Alexandre Grothendieck, la Clef des songes.
« Travail du rêve, quatre temps. Mais il est temps de redescendre sur terre, et de revenir à ce ‘rythme à quatre temps’ sur un exemple – celui, disons, du ‘périple’ auquel vient de nous convier un rêve messager.
1. Sommeil : nous vivons le rêve. Celui-ci joue un rôle de ‘matériau’, ou de ‘nourriture’ ou de ‘combustible’, pour le périple devant nous, dont ce rêve que nous vivons est l’étape préliminaire. C’est l’ ‘entrée en matière’ ou, pour mieux dire, la ‘présentation’ de ladite ‘matière’ (ou ‘matériau’) et le premier contact avec elle. On (en l’occurrence, le bon Dieu) vient de nous présenter un plat substantiel. Allons-nous seulement en prendre note ? Et si oui, comment y répondrons-nous ? En l’effleurant des lèvres, en y goûtant, en le mangeant… ? Étape-durée, où notre rôle est ici entièrement passif. Elle est destinée à susciter l’étape suivante, le ‘déclenchement’, et le processus créateur que celle-ci amorce.
2. Réveil : intuition fulgurante du rêve comme un message, et un message crucial, à nous destiné ; foi accordée à cette connaissance immédiate, venue nous ne savons d’où ; désir d’entrer dans le rêve, de nous pénétrer du message, lourd d’un sens inconnu ; volonté de connaître, venant acquiescer au désir et animé par la foi… – quatre mouvements de l’âme, invisibles quasiment et indissociables, alors qu’ils viennent d’éclore dans les replis obscurs de la psyché, telle une imperceptible étincelle fusant dans l’ombre… Étape instantanée, intensément et secrètement active, à la fois et intensément ‘yang’ et ‘yin’, ‘mâle’ et ‘femelle’. Avec elle s’amorce le processus créateur proprement dit, préparé par l’étape précédente.
3. Travail, se poursuivant dans les heures qui suivent (si les circonstances ne nous contraignent à le remettre à plus tard) : tel un fœtus venu à terme se fraye un obscur chemin vers la lumière, ainsi la compréhension parcellaire, périphérique, venue avec le rêve et saisie au réveil se fraye laborieusement le sien, couche par couche, vers les profondeurs : de la périphérie vers le cœur, de la lettre du rêve vers son sens profond, de la surface consciente de la psyché vers ses tréfonds… Étape-durée, souvent longue et laborieuse, où la traversée de chaque ‘couche’ est en elle-même comme le travail dans un ‘mini-périple’ partiel, préparé par la traversée de la couche précédente, amorcé par le franchissement allant de celle-ci à celle-là, et s’accomplissant avec le franchissement qui fait passer à la couche suivante plus profonde, nous rapprochant d’un pas encore du dénouement tout proche… Le travail se poursuit comme sous l’effet d’une force invisible et puissante qui nous tire de l’avant, à l’encontre des résistances tant inertes que vives – comme si le sens inconnu que nous voulons sonder et atteindre nous attirait en lui inexorablement, vers l’accomplissement total, sans se laisser leurrer ni distraire par aucun des mini-accomplissements partiels qui jalonnent la tenace progression vers le cœur même du message. (Alors qu’avec chaque nouveau pas accompli vers le sens entrevu, montent la tension et la réponse émotionnelle…) Étape à la fois ‘active’ et ‘passive’, ‘yang’ et ‘yin’, où nous pénétrons, et sommes pénétrés, tirons et sommes tirés – longue comme les labeurs d’accouchement et où les heures s’envolent en l’espace d’un instant…
4. Percée : aboutissement soudain et terme du travail, conclusion du voyage, accomplissement du rêve et de son message… Étape instantanée, purement et intensément réceptrice, ‘yin’, toute velléité de pensée, d’action abolie, alors que fluent à travers l’être les flots d’une émotion rédemptrice… J’ai suffisamment insisté précédemment sur le sens et la portée de ce moment – un des grands moments de l’existence – pour n’avoir pas à y revenir ici. D’autant moins que le rêve messager n’est pour nous à présent qu’un ‘cas, à la fois typique par son déroulement et extrême par sa portée, venu ici pour illustrer le ‘rythme’ immémorial des processus créateurs. Qu’il s’agisse du périple préparé par l’apparition du grand rêve, ou de tout autre périple de découverte, l’étape la plus secrète, la plus délicate de toutes, la plus incertaine – celle aussi qui a tendance à échapper totalement au souvenir conscient (dans sa nature intime du moins sinon dans son existence), c’est celle de ‘l’étincelle qui fuse’, c’est le délicat enclenchement du processus créateur : la vive perception d’une substance vierge, dans sa richesse insondée et dans sa puissance ; l’éclosion du désir et l’acte de foi en cette connaissance, diffuse et incomplète, qu’apporte la perception et qui veut s’incarner ; et la volonté enfin d’accéder au désir, de le suivre, de se laisser porter par lui – jusqu’au terme lointain noyé de brumes… (AG, p. 38 et 39)
Quand la science corrige le romancier !
Je reviens à Caspar Henderson, qui passe en revue un certain nombre d’animaux et étudie les bruits qu’ils émettent. Le voici aux prises avec Moby Dick à son tour !
« N’est-il pas curieux, se demande Herman Melville dans Moby Dick, qu’une créature aussi grande que le cachalot entende le tonnerre par une oreille plus petite que celle d’un lièvre ? » Mais le romancier new-yorkais se trompait. En dépit de leurs compétences dans le domaine de la boucherie, les pêcheurs de baleine de son époque comprenaient mal l’anatomie du cachalot ; en observant la minuscule oreille externe sur le côté de sa tête, ils négligeaient ce qui était en réalité juste devant leurs yeux : l’un des plus grands et des plus étonnants organes sensoriels qui se soit développé jusqu’à présent sur la Terre. La longue ‘tête’ en forme de bulbe du cachalot est en fait un gigantesque klaxon, un nez qui s’est transformé en oreille, en télémètre et en appareil vocal. (…) Cet énorme nez, la moitié de la taille d’un autobus –et plusieurs fois plus grand que le miroir du tube optique de Herschel (qui mesure 120 centimètres), soit l’équivalent de certaines portes de cathédrale –, permet au cachalot d’émettre des sons et de détecter des échos à des distances et avec une précision dont aucun autre être vivant n’est capable, à l’exception d’humains pourvus d’équipements de haute technologie. C’est, affirme le biologiste marin canadien Hal Whitehead, ‘le sonar le plus performant du monde naturel’ ». (CH, 132) et un peu plus loin cette scène merveilleuse : Des plongeurs en apnée qui se glissent dans l’eau sans bouteille ni équipement bruyant pour nager près des cachalots évoquent l’émerveillement et le sentiment de communion qu’ils éprouvent à proximité directe d’êtres aussi intelligents et parfaitement conscients. À l’occasion d’une plongée libre, Philip Hoare a vu une énorme femelle nager jusqu’à lui et s’arrêter pour examiner son corps comparativement minuscule ; il sentait le sonar du cachalot vibrer à travers son crâne, son sternum et l’ensemble de son squelette : clic, clic, clic. « C’était ironique, se souvient-il. En tant qu’écrivain, j’avais passé des années à essayer de décrire les cachalots, et voilà que l’un d’eux essayait de me décrire. […] (CH, 137)
Et mon cher merle
Je poursuis l’inventaire qui me régale… et encore j’ai laissé tomber (ici dans ce Flotoir, les chauve-souris et toutes sortes d’insectes), c’est un inventaire sonore du monde vivant, d’une richesse inégalée, que propose Caspar Henserson.
→ Et je mets cela en rapport avec cet autre son étonnant, celui que l’on entend lors d’un écho-doppler, de son propre sang circulant dans les artères. Ou tellement émouvant, les premiers battements de cœur de son futur bébé.
« Le chant du merle est le fruit d’une merveille anatomique. Chez l’être humain, le larynx, ou boîte vocale, se situe tout en haut de la gorge, au sommet de la trachée, mais l’organe qui lui correspond chez les oiseaux est au fond de la trachée, juste au-dessus des poumons. On le nomme syrinx, en mémoire d’une nymphe qui échappa à la convoitise du dieu Pan en se transformant en roseau, puis en flûte. Il consiste en réalité en une paire d’organes identiques à l’intérieur des bronches, les tubes jumeaux qui relient la trachée aux poumons. Dans chacun de ces tubes, une membrane circulaire et flexible qu’on appelle tympanum fait face à une petite bosse de tissu érectile sur la paroi opposée du tube. L’oiseau ajuste le diamètre du tympanum et la longueur de la saillie du tissu érectile dans le tube en insufflant de l’air, créant ainsi des variations de fréquence et de timbre qui déterminent la modulation de son chant. La double nature de la syrinx permet à certaines espèces d’oiseaux de chanter deux notes différentes en même temps. De plus, grâce à leur système respiratoire, les oiseaux peuvent chanter longtemps presque sans se fatiguer. Contrairement aux êtres humains et à d’autres mammifères, qui ne font qu’inspirer et expirer, les oiseaux possèdent de grands sacs aériens claviculaires qui leur permettent de faire passer continument de l’air oxygéné dans leurs poumons dans une seule direction. Ces sacs fonctionnent comme un soufflet ; ils aspirent d’abord de l’air riche en oxygène dans un dispositif situé à l’arrière du corps de l’oiseau, avant de le faire passer devant par les poumons, puis dans un autre dispositif à l’avant de la poitrine, d’où il est évacué lors de l’expiration suivante. » (CH, 139).
De la transcription des chants d’oiseau
Messiaen, célèbre entre autres pour cela, est loin d’être le premier !
« Dans la tradition classique occidentale, la tentative de retranscription des chants d’oiseaux que fit le jésuite allemand Athanasius Kircher en 1650, dans Musurgia universalis, son grand traité encyclopédique, inspira le compositeur baroque austro-tchèque Heinrich Biber qui composa, en 1669, la Sonata Representativa où le chant d’un rossignol est imité par un violon. Dans Le Rappel des oiseaux, une œuvre pour clavecin de 1724, Jean-Philippe Rameau crée un effet de chant d’oiseau plausible, quoique non spécifique, qu’il attribue à la voix supérieure. De nombreux compositeurs et musiciens lui emboîtèrent le pas. Dans les Oiseaux tristes, une œuvre pour piano composée entre 1904 et 1905, Maurice Ravel se réclame de Rameau, mais explore de nouveaux univers harmoniques. Olivier Messiaen se passionna pour les chants d’oiseaux tout au long de sa vie, comme en témoignent notamment Abîme des oiseaux pour clarinette seule, dans le Quatuor pour la fin du temps, et le Catalogue d’oiseaux, un recueil de treize pièces pour piano seul. De la première de ces œuvres, Messiaen déclara, comme on sait, que ‘l’abîme, c’est le Temps, avec ses tristesses, ses lassitudes. Les oiseaux, c’est le contraire du Temps ; c’est notre désir de lumière, d’étoiles, d’arcs-en-ciel et de jubilantes vocalises’. Aujourd’hui, des musiciens, dont Rothenberg, semblent souvent inspirés par un même désir d’accéder à un rapport différent à l’existence en établissant un lien avec les chants d’oiseaux, lesquels étant, sinon atemporels, du moins beaucoup plus archaïques, sans compter qu’ils se déploient plus vite que ne peuvent le concevoir les êtres humains (c’est le cas du chant du rossignol et de quelques autres oiseaux). Dans Bird Concerto with Pianosong, une œuvre de 2001, le compositeur anglais Jonathan Harvey ‘étend’ les chants d’oiseaux à la sphère humaine en les ralentissant de telle sorte qu’un pianiste et d’autres musiciens puissent interagir avec eux. » (CH, 153)
Joubert
« Ceux qui ont refusé à leur esprit des pensées graves, tombent dans les idées sombres. », que je peux rapprocher de cette phrase relevée dans le tout début de Devenir soi, de Marcel Légaut, un auteur quasi inconnu et dont les livres sont difficiles à trouver mais vers lequel j’ai été attirée par Alexandre Grothendieck : « En l’absence d’une recherche sur leur propre raison d’être , beaucoup de vie s’écoulent dans la morosité du non-sens non avoué » (ML, 10)
samedi 12 juillet 2025
Gregory Chatonsky, il faut expérimenter avant de dire
Je me suis arrêtée ces derniers temps sur ses théories, sur son site. Je ne retiens pas tout, loin de là. J’observe, mais je note aussi des remarques qui m’aident à avancer dans mes réflexions.
« L’un des cas les plus frappants de ce passage entre l’instrumental et l’expérimental est sans doute l’intelligence artificielle générative (IAg). Il y a de très nombreux articles, de nouveaux logiciels et de nouveaux codes qui sortent chaque jour. Mais paradoxalement, personne ne prend le temps de les utiliser, tout se passe comme si cela prenait moins de temps de les publier que de les expérimenter.
Expérimenter demande en effet un temps infini dans la mesure où cette expérimentation n’est pas fixée sur un objectif préalable. »
→ je mesure la justesse de cette remarque, entendant tant de discours affolés ou alarmistes venant de personnes qui n’ont rien expérimenté, rien tenté, rien essayé. Pour ma part, j’essaie, je pose des questions aux différentes IA, facilement accessibles (Copilot, ChatGPT, Claude, Perplexity et la française Le Chat), je fais faire des analyses de texte, je demande des explications de concept à l’IA, en essayant de garder un esprit critique, même si je suis souvent époustouflée par les réponses. Et l’aide qu’elles m’apportent, même si je sais que je dois ensuite les passer au peigne fin de l’analyse de crédibilité et les sourcer. J’utilise beaucoup Perplexity qui cite bien ses sources.
Chatonsky, chercher des modes d’existence inédits
« L’intelligence artificielle révèle ainsi le paradigme d’une technique post-instrumentale. Elle nous enseigne que l’artificiel n’est pas l’opposé du naturel, mais le milieu où nature et culture, humain et non-humain, vivant et technique se co-évoluent selon des logiques nouvelles.
Cette écologie de l’artificiel, que nous distinguons de l’écologie naturaliste du biomimétisme, constitue peut-être la voie étroite permettant d’habiter poétiquement la technique sans pour autant succomber à l’hubris technologique. Non plus dominer la nature par la technique, ni imiter la nature dans la technique, mais expérimenter avec la technique des modes d’existence inédits. »
La pensée qui respire, Roger Munier
Belle lecture, difficile et prenante, dans laquelle avancer tout doucement que celle de la Voix de l’érable, le VIIème Opus incertum de Roger Munier. Dans un premier temps, laisser l’analyse de côté et extraire ce qui peut faire avancer la réflexion.
Ainsi : « La pensée qui respire, qu’on laisse à elle-même sans la guider, s’épand, se met à croître poétiquement, de sa croissance de pensée. Trouve bientôt, pour sa vie propre, comme un chemin de poésie. »
Paul Valéry et le doute
Série de France Culture : avoir raison avec Paul Valéry, avec dans le premier volet de nombreuses et belles interventions de Benoît Peteers.
« Je dirais que la première chose qui me frappe intellectuellement, c’est le doute. Le titre de votre série : Avoir raison avec Paul Valéry » Mais Valéry n’avait pas raison et s’en serait bien gardé. Il était en permanence dans la remise en question des postulats qu’il construisait lui-même. Cela, je pense, est extrêmement moderne. Il y a toujours eu des penseurs du côté de la réponse, parfois de l’assertion, et d’autres du côté du questionnement : c’est profondément le geste valéryen. Il y a évidemment non seulement la puissance de la pensée – puissance politique, puissance esthétique – mais aussi la puissance de l’écriture. Car Valéry ne se veut pas écrivain, ne se dit pas écrivain, mais c’est l’un des plus grands prosateurs de la langue française.
Valéry, une méthode décapante
La pensée chez Valéry se fait vraiment dans la langue et dans l’écriture. Il est presque écrivain malgré lui, mais il est profondément écrivain. Sa pensée s’explicite d’abord à lui-même en s’écrivant, à l’état de note, puis en se reformulant, et cetera.
Quel était son projet ? Se refaire un cerveau ? C’est une expression qu’il emploie : ne pas se fier à ce qui a été pensé avant lui, ne pas se fier à tout ce que les mots peuvent cacher – le mot « temps », le mot « durée », le mot « espace », le mot « corps » même. Tous ces mots lui semblent souvent employés de manière fallacieuse par la tradition philosophique. Il veut se refaire un vocabulaire, se construire une méthode, une méthode décapante.
Fin du monde comme un effritement, Fabien Ribery
Fabien Ribery, commentant un livre de Laura Lafon Cadilhac : « Notre propension à la catastrophe, à la dramatisation, au spectaculaire, nous fait imaginer la fin de notre monde à l’ère du capitalocène comme une explosion atomique gigantesque, une déflagration terminale, une scène finale d’Apocalypse.
Et si, nous propose avec beaucoup de justesse et de douceur paradoxale Laura Lafon Cadilhac, nous vivions plutôt l’effacement continu de notre habitat, le lent effondrement de nos certitudes, la disparition progressive inévitable de nos modes de vie assassins.
‘Il n’y aura pas de météorite, écrit-elle, pas de détonation céleste, pas de fin du monde à la hauteur de nos fantasmes. Il n’y aura pas d’explosion fulgurante qui avale tout d’un coup, pas d’apocalypse propre et tranchée. Juste un effritement, une lente érosion, une extinction patiente qui s’étire comme une saison trop longue. »
L’enjeu n’est pas horacien – carpe diem –, ni même cyniquement hédoniste – on profite tant qu’on peut –, mais de juste distance envers un monde qui se dérobe, comme si nous étions déjà des fantômes.
Commentaire de Laura Lafon Cadilhac, Red is over my lover, Not anymore, mi amor, texte (anglais/français) Laura Lafon Cadilhac, direction éditoriale Mathias Benguigui, Théo Miller & Kamil Zihnioglu, Saetta Books, 2025, 48 pages
Eugen Lötscher
C’est Christian Déquesnes qui me fait découvrir cet artiste ! J’ai relevé ce texte :
geboren werden und wachsen… nach traumloser nacht, in jeden tag neu geboren, staune ich und immer mehr, über die skurrile kreativität der weltenschöpfung …… wachsen im schöpferischen akt schafft intimität mit dem sein … mitten im leben stehen und in sich sitzen… der entwicklung des eigenen selbst folgend, frei (wer bin ich) und gezwungenermassen (zellerneuerung, gene, mensch sein), im schoss der schöpfung als kleiner schöpfer trost suchend und immer wieder fragend nach dem grund meines kreativen tuns …sterben… memento mori und akzeptiere, weil die akzeptanz des sterbens, leben lebendig macht… Eugen Lötscher.
Traduction
naître et grandir… après …une nuit sans rêve, chaque jour je renais, je m’émerveille de plus en plus de la créativité surréaliste de la création du monde…… grandir dans l’acte créatif crée une intimité avec l’être…se tenir au milieu de la vie et s’asseoir en soi… suivant le développement de soi, libre (qui suis-je) et contraint (renouvellement cellulaire, gènes, être humain), cherchant du réconfort dans le sein de la création en tant que petit créateur et questionnant sans cesse le sens de mon action créative…mourir… memento mori et accepter, car l’acceptation de la mort rend la vie vivante…
source
Joie surtout après un anniversaire
Je lis sur le bon site Cérébral que de nouveaux neurones naissent dans le cerveau même après 78 ans. Des chercheurs suédois viennent de prouver que notre cerveau continue à fabriquer de nouveaux neurones tout au long de notre vie, même chez les personnes âgées. Cette découverte clôt un débat scientifique qui durait depuis des décennies. L’étude, publiée dans la revue Science, a analysé des tissus cérébraux de personnes âgées de 0 à 78 ans. Les nouveaux neurones se forment dans l’hippocampe (la zone du cerveau qui gère notre mémoire et nos apprentissages), grâce à des « cellules mères » appelées progénitrices neurales. Fait surprenant : certaines personnes en produisent beaucoup, d’autres très peu – on ignore encore pourquoi ces différences existent. « Trop vieux pour apprendre » devient officiellement l’excuse la plus ringarde du siècle. En apprendre plus.
Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer
Dans Libé, un article sur un spectacle inspiré par Virginie Despentes à Avignon. Né d’un texte encore inédit, Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer
« Si tout récemment un virus nous a montré à quel point nous étions liés, capables de nous refiler la mort aussi vite et massivement, alors il serait temps de prendre conscience que nous sommes assez liés pour nous transmettre aussi efficacement la force, la joie et la vie. « Le procédé qu’un virus rend visible sous forme de contagion, il est temps d’en prendre conscience sous forme de guérison. » La vraie révolution, elle serait douce.
(…)
Mot après mot, on entend tout, une phrase de Despentes (« Je n’ai pas besoin que la police me nasse, je me nasse toute seule, je n’ai pas besoin d’un couvre-feu pour m’enfermer en moi. […] Je rampe sous des barbelés parfaitement inutiles mais que j’ai avalés ») ayant tranquillement le temps de résonner avant que la suivante ne fasse son chemin (« Chaque fois que tu as le courage de faire ce qu’il te convient de faire, ta liberté me contamine »).
« La douceur est utile. La douceur et la bienveillance sont les notions les plus antinomiques avec le système qui nous opprime. »
Note de passage
De même qu’une bonne nutrition physique est diversifiée, de même une bonne nutrition intellectuelle et spirituelle.