Avec Kafka, Julien Boutonnier, Clarice Lispector, Jérôme Bastanelli, Jules Verne et Michel Butor et la résurrection de mes anciens sites

photo florence trocmé, octobre 2026, combat de têtes
lundi 19 octobre 2026
Cette disjonction
« Comme dit Kafka, je m’attaque : Qui suis-je donc ? Je m’attaque, je me prends à partie : Mais qui je suis, moi ? Mais qui je suis ? Cela peut se décliner sur tous les tons. Et ce ‘Qui suis-je donc ?’, c’est toujours cette disjonction intérieure qui ne peut pas être vécue paisiblement, parce qu’il y a un désaccord ; il y a quelque chose qui se déchire, mais cette déchirure, telle qu’elle est illustrée dans la lutte avec l’ange, se situe à l’endroit le plus délicat, le plus vulnérable… » (Hélène Cixous, in Lettres de fuite, Séminaires 2001-2004).
vendredi 23 octobre 2026
Flotoir
Ce matin, je reçois de Santiago Zuluaga qui m’aide tant, les propositions de remise à flot de mes anciens sites, disparus corps et biens dans le shut-down Typepad (tout à fait volontaire de leur part). Hier Poezibao, ce matin le Flotoir et Muzibao, alors que nous sommes en pleine tempête en Bretagne et que mon cher eucalyptus est bien secoué ! Je le dis en toute franchise, je suis épatée par la qualité du Flotoir ! Je vais en reprendre un ou deux extraits ici, en lien avec mes recherches actuelles.
Je constate aussi que j’étais plus critique peut-être que je ne le suis aujourd’hui. Ainsi d’un livre sur la musique que je démolis copieusement ! ou d’un concert des frères Capuçon dont je relève tous les défauts.
L’organe hospitalier
Hier soir, j’ai commencé la lecture de L’organe hospitalier de Julien Boutonnier qui m’intéresse beaucoup. J’aime notamment le déroulé rapide et vivant de plusieurs fils qui se tissent dans chaque poème : une date récurrente, le 6 avril, avec le thème de la disparition de sa mère alors qu’il était adolescent ; sa propre maladie de Basedow, ses interrogations sur cette maladie et ce qu’il ressent dans son corps et dans son esprit, très finement et précisément traduit ; une relation amoureuse, mais très discrète (selon moi l’allusion est la seule façon dont c’est tolérable dans la poésie, sinon c’est quasi automatiquement clichés, même chez les très grands). Il me semble qu’il y a aussi une présence de l’Histoire et en particulier de la Shoah.
Opus 132
La proposition de remise en ligne des anciens sites Typepad, Poezibao, Muzibao et le Flotoir me remet en présence du blog d’André Hirt. Remarquable. Nous n’avions pu vraiment nous entendre lors de sa prise en main, sur ma proposition, de Muzibao. Ce qui fut au fond très bien, car il a de ce fait décidé de créer son propre site. C’est un peu ce qui m’était arrivé, il y a bien longtemps, 25 ans environ, quand j’ai constaté que je ne pouvais pas faire ce que je souhaitais faire sur le site Zazieweb (aujourd’hui disparu) : j’avais alors décidé de créer mon propre blog. Ce fut le début de l’aventure de Poezibao (avec un Z à l’époque, Z que j’ai préféré effacer dans la nouvelle version du site, pour toutes sortes de raison !)
Ce matin, je relève une note de lecture d’un livre de Jérôme Bastianneli, dont je n’ai pas eu connaissance ! Incipit de l’article : « Tout le monde sait ce que c’est que la musique ? Cette constatation qui prend la forme d’une question se montre aussi instructive quant à la musique que concernant ce qu’on nomme un savoir. Ce dernier est ce qu’on n’apprend pas. Ainsi, marcher ne s’apprend que lorsqu’un accident nous a privés de l’usage habituel de nos jambes. À proprement parler, l’enfant n’apprend pas à marcher, il le sait par nature, il n’a qu’à le découvrir. Il en va de même pour la musique : elle se tient en nous, comme un cœur, comme cet organe qu’on ne voit pas, qui en l’occurrence en est à peine un. Il bat tout seul, il n’apprend à battre qu’en réapprenant, que lorsqu’il cherche à réarticuler son rythme normal. »
→ et de me précipiter pour télécharger le livre sur ma liseuse.
Le retour de Butor
Sur mon bureau, ici, en Bretagne Michel Butor, Improvisations sur Michel Butor, l’écriture en transformation. Alors que ce matin, je retrouve tout un chapitre de Carlo Ossola, dans Entrer sans frapper, à propos de Michel Butor. « Avec Butor disparaît celui qui fut, avec Italo Calvino, le dernier artisan des ‘répertoires des mondes’, porté par la conviction que la parole de l’artiste possède une responsabilité universelle. Ce fut le cas des auteurs qu’il a aimés et sur lesquels il a écrit des ouvrages fondamentaux : Rabelais, Montaigne, Balzac, Hugo, Flaubert, Jules Verne, des bâtisseurs de mondes dans l’immense répertoire de la parole humaine. Leo Spitzer consacra les derniers jours de sa vie à l’œuvre du jeune Butor. Georges Poulet rappelle avec émotion qu’il avait rendu visite au Maître, à Forte dei Marmi, quelques jours avant qu’il ne s’y éteigne, le 16 septembre 1960. Spitzer voyait en Butor un classique : dans son essai sur Quelques aspects de la technique des romans de Michel Butor, paru en français dans « Archivum linguisticum » (1961-1962), il avait résumé en une définition limpide tout l’art de Butor : « L’acte d’écrire n’est plus celui d’un moment, mais une architecture se composant de couches historiques différentes », une succession dynamique et bien agencée de voûtes et d’arcs de décharge permettant de courber le temps dans l’espace, afin d’ériger un ‘chronotope’ où rien d’objectif ni de subjectif ne manquerait. Spitzer avait alors sous les yeux les premiers grands romans de Butor : Passage de Milan (1954), L’Emploi du temps (1956), La Modification (1957). En cette année 1960, Degrés n’allait pas tarder à paraître ; par la suite, Michel Butor allait emprunter d’autres voies : professeur à Genève, cultivant une solidarité féconde avec Jean Starobinski, essayiste, poète, collaborant avec des musiciens et des artistes. Son activité créatrice avec Henri Pousseur, en particulier dans La Vision de Namur – À l’intention de la rose des voix (1983), est inoubliable. »
Et j’ai en projet un entretien avec Marion Coste sur Michel Butor en musique, alors que nous déplorons la mort de Mireille Calle-Gruber, co-auteur de ce livre avec Marion Coste.
(…) « Pour Butor, en effet, écrire c’est recueillir et ordonner, c’est tout à la fois susciter et méditer sur ce que l’on évoque : l’acte d’une conscience inlassable, la manifestation d’une rigoureuse responsabilité éthique. C’est ainsi que procède Burton (nom dans lequel Spitzer voit une anagramme de Butor) : ’Ainsi moi-même, c’est tout en notant ce qui m’apparaissait essentiel dans lessemaines précédentes, et tout en continuant à raconter l’automne, que je suis parvenu jusqu’à ce deuxième dimanche du mois de mai…’ » (L’Emploi du temps, 1956).
La visite de Pessoa
Grâce à ce « vieux » Flotoir qui sera bientôt remis en ligne. En 2024, cette note :
Pessoa, en bref : « Le conflit qui nous brûle l’âme c’est le conflit entre le besoin émotionnel de croyance et l’impossibilité intellectuelle de croire »
Pessoa ajoute que « Antero (de Quental, poète portugais) l’a exprimé plus que tout autre parce qu’il possédait au même degré l’élévation des sentiments et celle de l’intelligence. »
[Le cœur a envie de croire, l’esprit le lui interdit]
Pessoa, En bref, p. 25
« La vie est une hésitation entre un point d’exclamation et un point d’interrogation. Dans le doute on met un point final » Pessoa, 27
Une route sur le Flotoir
Encore un extrait du Flotoir de 2004, si différent de celui d’aujourd’hui, plus personnel peut-être ? Une leçon ? :
« Vert des champs, comme toits de cuivre.
Neige à peine, bandes de couleur verte, très pâle,
brun très foncé des labours
graphismes des arbres
ourlets de neige
enclave de vert au cœur d’une terre noire
champs de neige et forêts sombres
osmose en cours entre terre et ciel
(…)
Comme pour Réda, mon travail c’est de noter chaque motte, chaque brin d’herbe, chaque nuage (celui qui passe ici passera plus tard au-dessus de ta tête), « Sans oublier ma tâche absorbante : « je dois/Tout voir et tout décrire, et que pas une branche,/Une fibre n’échappe à mon œil. »
Scarlatti, la pluie. Scarlatti la neige, Scarlatti, l’éclat de lumière. Dans l’eau.
La Nied française et la Nied allemande.
Maison vert pâle au fond d’un champ de neige. Des verts à faire mourir un aquarelliste.
Faire l’inventaire du monde, des brins d’herbe, des aiguilles de pin là-haut dans le repli de la forêt inaccessible, des écorces et des gouttes d’eau, les regarder, les compter, les peser, les nommer.
Damier blanc et vert, croupes arrondies flirtant avec le cotonneux sale des nuages.
Col de Saverne, passerelle à gibier, grès rose et neige, abrupt.
Scarlatti, Chritian Zacharias, insurpassable pour moi. Le piano, un vrai piano moderne, des couleurs à l’infini, un ruissellement de lumière, chaque note gorgée. Je ne retrouve pas cette sensation avec le beau disque de Planès, tout récent. Est-ce à cause du pianoforte ? » (Flotoir, 24 décembre 2004)
→ et je me précipite pour réécouter ce disque ! A côté de mon piano de Bretagne qui attend lundi un accord et un nettoyage intérieur complets.
Un peu plus tard : je n’ai pas retrouvé mon émerveillement initial en écoutant le Scarlatti de Zacharias, mais est-ce bien le même disque que j’ai choisi, je ne sais pas. En revanche, très admirative devant l’interprétation d’Alexandre Tharaud, peut-être plus « romantique », mais peu importe, elle est très humaine et émouvante.
Une leçon sur Tchouang Tseu
« Un artiste, un écrivain est nécessairement un expérimentateur – non seulement dans la mise au point de ses moyens, mais aussi (et tout d’abord) dans sa façon de sentir, de percevoir et de se représenter le monde. Ce caractère expérimentateur est plus ou moins marqué, plus ou moins conscient, plus ou moins avoué selon les cas. Il est très prononcé chez Proust et chez Michaux par exemple. Mais cette faculté de défaire et refaire le monde est universelle. Elle est présente en chacun de nous, et nous est indispensable. Il est vital que nous sachions faire retour à la confusion et au vide quand notre activité consciente est dans un cul-de-sac, qu’elle s’est laissé enfermer dans un système d’idées fausses et dans des projets irréalisables. » (Jean-François Billeter, Leçons sur Tchouang Tseu, p. 142)
samedi 24 octobre 2026
La magie de l’ordinaire
J’emprunte ce titre à un livre de Fabrice Midal dont j’ai commencé la lecture hier. Je reviens d’une balade au bord de la mer. La lumière de cette matinée d’après tempête n’est pas belle, mais elle est filtrée par les nuages et propice aux photos de détail. Je n’avais avec moi que mon petit compact Sony mais j’ai photographié des détails de chaussée, de revêtements de trottoir, avec deux belles paréidolies au moins.
Et je retrouve ces mots de Thoreau qui sont tellement en phase avec mon expérience : « Tout ce dont nous avons fait l’expérience a pénétré en nous et y gît. Telle est la compagnie dont nous jouissons. Un jour, alors que nous serons en bonne santé ou malades, cela ressortira et nous reviendra en mémoire. Ni le corps ni l’âme n’oublient rien. Le rameau se souvient toujours du vent qui l’a secoué, et la pierre du coup qu’elle a reçu. Demandez au vieil arbre ou au sable. » (Thoreau, Journal)
Paul Claudel, l’expérience de Notre-Dame et la musique
« Chez Paul Claudel, la question de savoir si la musique élève l’âme ou la détourne naît d’un événement soudain. La nuit de Noël 1886, à Notre-Dame de Paris, l’écrivain ne fut pas saisi par un discours ni éclairé par une idée, il fut happé par un chant. Le Magnificat, monté de la nef, produisit en lui un effet qu’il décrira plus tard avec une précision frappante : la mélodie avait ‘purifié [son] âme des ténèbres matérialistes’. La musique devint ainsi le lieu même de l’événement, dans une écoute saisissante dont la force précède encore les mots et la décision de croire. Cet épisode éclaire durablement la place singulière de la musique dans l’œuvre et la pensée de Claudel. Bien avant sa conversion, dans un monde qu’il percevait comme privé de transcendance, la musique lui avait donné le sentiment d’un autre ordre possible. Beethoven, en particulier, est pour lui plus qu’un simple compositeur : ses sonates et ses symphonies sont des événements. Claudel y entend à la fois une force de rupture et une parole qui ne se livre pas entièrement, une sorte de “conversation sacrée” dont le sens ne peut pas vraiment s’expliquer. Cette exigence va de pair avec une lucidité aiguë sur les dangers de la musique. Claudel, comme Nietzsche avant lui, admire Richard Wagner avant d’en dénoncer le ‘poison’. Il sait combien la musique peut captiver, fasciner, enfermer l’âme dans l’émotion qu’elle produit. L’éloquence baroque elle-même lui inspire autant d’admiration que de réserve. » (Jérôme Bastanelli, Et soudain la musique)
→ si jusqu’à présent j’avais souvent lu à propos de cette expérience fondamentale de Paul Claudel, je n’avais pas compris qu’elle avait été liée à la musique.
« La destitution subjective dans l’amour. La destitution subjective dans la psychanalyse. La destitution subjective dans la vieillesse. La destitution subjective dans l’audition de la musique. La destitution subjective dans la contemplation d’un paysage. La destitution subjective dans la lecture des romans plus encore que dans celle des livres de philosophie ou des annales de l’Histoire » (Pascal Quignard, Les Heures heureuses)
Hier, relisant ces vieux Flotoirs, je suis retombée sur le livre les Sels de la vie de Françoise Héritier. j’avais eu un temps une rubrique dédiée dans le Flotoir, je devrais la reprendre. Sels de la vie, magie de l’ordinaire.
quelques sels
celui qui constelle les vitres ce matin après la tempête d’hier – mon eucalyptus tout échevelé dans le vent – tous ces détails de la chaussée, dûment photographiés ce matin – le bonheur d’une soirée de lectures, au chaud sous la couette, dansant de livre en livre, m’informant de maints détails en cours de route sur le chicphone – la découverte d’un étonnant personnage mythologique, Pélops et de sa clavicule en ivoire – mes échanges hier avec FGL autour de Poulenc – réécouter le concerto pour orgue et orchestre du dit Poulenc qui a tant compté pour moi – le goût extraordinaire des pommes Belchard du petit producteur local, nourries aux embruns – la poêlée de coquilles Saint-Jacques – se donner enfin un peu de temps –
En lisant
Bonheur d’une soirée de lecture active sous la couette disent les Sels.
« En lisant, nous devenons ainsi plus sensibles à la signification et à l’importance de certains moments dont nous n’aurions pas conscience autrement, sans ce guide, sans cette autorisation. Ainsi, nous pouvons dire que la lecture est une véritable expérience de vie, à la fois intellectuelle et sensible. Une vraie aventure de l’être, qui nous enrichit et nous transforme. », dit Régine Detambel dans Lire pour relier !
« La lecture qui parvient à devenir une forme de la vie est une métamorphose, métamorphose qui enseigne la métamorphose à la structure de notre conscience : un changement qui pourrait à lui seul renverser la servitude intellectuelle dont nous sommes les proies » dit Giuseppe Montesanto dans Comment devenir vivants.
« Dans nos sociétés de changements continus, chacun doit construire le sens de son existence, son montage identitaire, son statut, par un travail subjectif permanent. Chacun fait ses propres expériences tant bien que mal, en quête de valeurs, de repères, de limites là où les limites symboliques font défaut, avec tous les risques que cette recherche comporte – en particulier lors de l’adolescence. C’est une raison supplémentaire pour s’intéresser au rôle que joue la lecture dans la découverte et la construction de soi, et dans l’ouverture sur d’autres cercles d’appartenance. » dit Michèle Petit dans Eloge de la lecture
De l’intuition
Et dans mes filets matinaux, cela encore qui résonne si fortement avec tout ce que je viens d’écrire : « La plupart d’entre nous n’ont pas accès à ces sujets et demeurent dans les ténèbres. Ce que j’ai réussi à saisir c’est l’idée de quelque chose d’une extraordinaire beauté. Quelque chose qui rappelle la musique de chambre. Au collège, lorsque j’apprenais les mathématiques et la physique, je me rendis compte que dans ces deux domaines de la connaissance humaine l’intuition jouait un rôle prépondérant, même si pour mes professeurs il ne s’agissait que d’une capacité de pointe du raisonnement. Bien sûr, le raisonnement a une énorme importance, mais il est aussi évident que l’intuition a un rôle à jouer en physique et en mathématiques. Et pour moi partout où l’intuition joue un rôle, une forme d’art existe ; la physique et les mathématiques possèdent un si haut degré de poétique qu’elles en sont baignées de lumière. Elles sont un art si parfait que je les compare à Bach. », m’écrit Clarice Lispector dans ses Chroniques. Je rêve de telles chroniques dans mes divers journaux !
Quelques poivres, qui sont aussi des « Titres, légendes, etc. (Traces, pistes, questions) »
En faut-il des poivres ? Ils signeront plus tard le temps de ces notes, ils me rappelleront que même s’il en est peu question dans le Flotoir, je suis très attentive à l’actualité, et plutôt informée dans maints domaines, avec attention et de la façon la plus fiable possible, ce qui ne va pas de soi.
Oui des poivres : Les Français cherchent à se procurer des armes d’autodéfense, en amont d’un nouveau week-end de mobilisation – comment des acteurs étrangers ont attisé la colère en ligne autour des manifestations du 17 octobre en France – Aux États-Unis, l’IA siphonne le capital – La crise française de la dette s’accélère
On ne peut plus rien lire
Dans Fabula, je relève ces propos très inquiétants : « La liberté de lire est en péril. En Amérique du Nord, mais aussi en Europe, on voit de plus en plus de livres frappés d’interdit, ‘pour le bien-être de nos enfants’. Des militants conservateurs font disparaître les romans de Toni Morrison ou Margaret Atwood sous prétexte qu’ils sont obscènes, mais surtout parce qu’ils rudoient l’ordre établi. Ailleurs, des fonctionnaires progressistes condamnent d’autres classiques parce qu’ils ne représentent pas l’expérience des élèves et la diversité. Les combattants de la guerre culturelle d’aujourd’hui, qu’ils défendent la justice sociale et l’égalité ou qu’ils s’y opposent au nom d’une certaine tradition, ne voient la littérature que comme un outil au service de leur programme politique, et la lecture comme un risque de contamination. Dans On ne peut plus rien lire ! (Lux ed.), Ira Wells part de sa propre expérience d’élagueur de bibliothèque scolaire pour retracer l’histoire millénaire de la censure et les plaidoyers en faveur de la liberté d’expression – et montrer que lire et publier sont des droits précieux. Un guide de résistance, pour préserver la possibilité de lire et de ne pas être d’accord. »
Je note le titre du livre en anglais : on book banning, or how the New Censorship Consensus trivializes Art and undermines Democracy.
Il faut bien noter qu’il y a double censure : la censure conservatrice et la censure wokiste. Cela ne date pas forcément d’hier, j’ai en tête le terrible « ce livre n’est pas pour toi », peut-être explicable, dans certains cas (et encore !) quand il s’adressait à une jeune enfant. Mais je me souviens aussi du mépris envers certains livres de la part de grands représentants de la pédagogie de la lecture, par exemple Enyd Blyton et son Club des Cinq. Le Club des cinq m’a ouverte indéniablement à certaines valeurs, à la curiosité, à ce que peut être la joie d’une recherche collective avec d’autres enfants, à ce que ça peut être qu’un chien, même ! Je me souviens du mépris pour Jules Verne, en classe et le refus, par la professeur, d’une citation que j’avais donnée d’un de ses livres, sans doute Voyage au Centre de la terre, ou le Rayon vert qui furent les deux Jules Verne marquant de mon enfance. De mon imaginaire, de mon monde intérieur.
MotJuste, une découverte
toujours dans Fabula, je découvre mention d’un site, que je ne connais pas et qui peut m’être très utile : MotJuste ! L’outil de versification scande n’importe quel vers choisi et il faut noter que le site inclut une section poésie qui donne accès à 25 183 poèmes de 168 poètes, du XVIIe au XXe siècle, issus du Corpus Malherbe (CRISCO, université de Caen), avec pour chaque vers le mètre, la césure et le schéma des rimes. Une mine semble-t-il !
Noms propres
Enid Blyton, Julien Boutonnier, Michel Butor, Mireille Calle-Gruber, Italo Calvino, Renaud Capuçon, Gautier Capuçon, Paul Claudel, Hélène Cixous, Marion Coste, Régine Detambel, Françoise Héritier, André Hirt, Franz Kafka, Clarice Lispector, Carlo Ossola, Fernando Pessoa, Michèle Petit, Francis Poulenc, Georges Poulet, Pascal Quignard, Jacques Réda, Leo Spitzer, Alexandre Tharaud, Henry David Thoreau, Tchouang Tseu, Jules Verne, Richard Wagner, Christian Zacharias, Santiago Zuluaga.
Livres cités
Jean-François Billeter, Leçons sur Tchouang Tseu
Enid Blyton, Le Club des Cinq
Julien Boutonnier, L’organe hospitalier
Michel Butor, Degrés
Michel Butor, L’Emploi du temps
Michel Butor, La Modification
Michel Butor, Passage de Milan
Mireille Calle-Gruber et Marion Coste, Michel Butor en musique
Hélène Cixous, Lettres de fuite, Séminaires 2001-2004
Régine Detambel, Lire pour relier
Françoise Héritier, Les Sels de la vie
Clarice Lispector, Chroniques
Fabrice Midal, La magie de l’ordinaire
Giuseppe Montesanto, Comment devenir vivants
Carlo Ossola, Entrer sans frapper
Fernando Pessoa, En bref
Michèle Petit, Éloge de la lecture
Pascal Quignard, Les Heures heureuses
Henry David Thoreau, Journal
Jules Verne, Le Rayon vert
Jules Verne, Voyage au centre de la Terre
Ira Wells, On ne peut plus rien lire !
Ira Wells, On Book Banning, or How the New Censorship Consensus Trivializes Art and Undermines Democracy.